Il a fallu quinze jours à al Qaëda pour réagir à l’élection de Barack Obama. Dans un message diffusé, hier, sur internet, Ayman Zawahiri, idéologue et N°2 de l’organisation d’Oussama ben Laden estime, après mûre réflexion donc, que le président élu des Etats-Unis n’est en rien un « Noir américain honorable » mais bien plutôt un « abeed al-beit », ce qui signifie, en arabe, « esclave domestique » mais que les sous-titres anglais du message traduisent par « House Negro », un « domestique nègre ». Zawahiri s’appuie là, en s’y référant, sur une distinction faite par Malcolm X, célèbre militant noir américain converti à l’Islam et assassiné en 1965, qui opposait les « field negroes », les nègres travaillant dans les champs de coton et haïssant leurs maîtres blancs aux « house negroes », domestiques attachés à leur maison et supposés les aimer. En un mot comme en cent, Barack Obama n’est, pour al Qaëda, qu’un traître, non seulement à la cause des Noirs américains mais, également, dit ce message, à la religion de son père qui était musulman. Sur fond d’images le montrant, à Jérusalem, devant le Mur des lamentations, Zawahiri lui lance, accusateur : « Vous avez choisi de rejoindre les rangs des ennemis des musulmans et de dire la prière des Juifs, bien que vous affirmiez que votre mère était chrétienne ». Rien à attendre, on l’aura compris, d’un renégat qui plus est doublement apostat, de cet « ennemi de l’Islam » qui veut, rappelle le N°2 d’al Qaëda, augmenter les effectifs des troupes américaines en Afghanistan au fur et à mesure de leur retrait d’Irak. Zawahiri ne s’en cache pas. Malgré l’élection d’un opposant à Georges Bush qui avait dénoncé « l’idiotie » de l’aventure irakienne, malgré la rupture qu’incarne Barack Obama, il appelle les musulmans à s’en prendre, plus que jamais, à « l’Amérique criminelle » et « toujours semblable à elle-même » afin de la faire « revenir à la Raison ». Il lui promet que « les chiens d’Afghanistan continueront à goûter la chair de ses soldats » mais, au-delà de ces invectives, jusque dans ces éructations, on entend une inquiétude. Ce qui est dit là, c’est : « Ne vous y trompez pas ! ». C’est une mise en garde qu’al Qaëda lance à ses sympathisants, voire à ses réseaux, car la couleur du nouveau président américain, son origine africaine et ses deux prénoms musulmans, Barack et Hussein, ont bien évidemment modifié l’image des Etats-Unis dans le monde arabo-musulman. Cela ne durera peut-être pas. A terme, tout dépendra des politiques menées par le successeur de Georges Bush mais, pour l’heure, il bénéficie d’une sympathie, voire d’un crédit de confiance, dans ces pays dont la détestation de l’Amérique est beaucoup faite d’amour haine, d’envie et de déception. Avec l’élection de Barack Obama, l’Amérique a marqué un point dans l’Islam et toute la rhétorique d’al Qaëda, fondée sur l’idée que les Etats-Unis seraient, en eux-mêmes, l’ennemi des musulmans, l’instrument d’une nouvelle croisade, en est infirmée – beaucoup plus encore, semble-t-il maintenant, qu’on ne l’aurait imaginé.

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