On aurait eu besoin, espéré, voulu de plus fortes personnalités. Un Premier ministre en fonction depuis moins d’un an comme premier président de l’Europe, cela fait plutôt léger. Une toute nouvelle commissaire européenne dont l’expérience diplomatique est simplement inexistante au poste de première Haute représentante, de ministres des Affaires étrangères de l’Union, cela surprend encore plus. L’Europe déçoit. L'Europe rate là, l’occasion de se donner ce minimum d’éclat qui lui serait tant nécessaire. Elle accouche, en fin de compte, d’une souris car tant de batailles, le projet de Constitution puis ce traité de Lisbonne, pour arriver à cela… Non. Cela fait franchement misérable mais que s’est-il passé ? Deux choses. La première est que, comme prévu, les dirigeants des pays membres n’ont pas voulu d’hommes ou de femmes qui auraient eu suffisamment de poids pour affirmer l’Union contre les Etats qui la composent. Comme toujours, ils ont voulu garder la main, freiner toute dynamique fédérale, empêcher que l’ensemble ne prenne le pas sur ses parties car leur hantise à tous, de gauche ou de droite, du nord, de l’est ou du sud, est que leurs Etats finissent par moins compter que l’Union et que des dirigeants européens échappent à leur contrôle et relativisent leur pouvoir. Quant au second élément qui a fait cette décision, il est que les Etats membres ont, comme toujours, cherché un consensus a minima entre des visions contraires. Les Belges sont d’inclination fédérale, beaucoup plus éloignés, donc, des Britanniques que des Français et des Allemands qui, pour imposer un Belge à la présidence, Herman Van Rompuy, ont cédé le poste de Haut représentant à la Grande-Bretagne, pays qui ne veut pas de politique étrangère européenne. C’est du donnant-donnant, un jeu à somme nulle qui évite à chaque camp de se compter et fait l’économie d’un débat public, de fond, sans lequel l’Europe restera étrangère aux Européens. L’Europe n’en est pour autant pas morte. Pour n’être pas illustres, aucune de ces deux personnes n’est indigne de sa nouvelle fonction. L’une avait surpris, comme commissaire au Commerce, par sa capacité à faire avancer des dossiers totalement bloqués. L’autre avait si bien navigué entre les écueils des déchirements belges qu’il n’est pas exclu qu’il devienne un bon conciliateur européen, un "facilitateur" dit-il, mais, bien au-delà d’eux, l’Europe n’avancera, maintenant, qu’à deux conditions. La première est que la France et l’Allemagne parviennent réellement, comme elles le souhaitent, à se rapprocher assez pour donner un exemple d’unité économique et politique à l’Union. La seconde est que les grands courants politiques européens forment des partis paneuropéens, unis par des propositions pour l’Europe et entre lesquels l’électorat européen puisse trancher en constituant une majorité parlementaire européenne à même d’imposer aux Etats une Commission, un gouvernement européen, reflétant les choix populaires. Après la déception d’hier, l’Europe a plus que jamais besoin d’une direction et de démocratie.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.