C’est un débat qui court depuis près de deux ans et que la crise de Gaza vient maintenant éclairer. Depuis les tout débuts du printemps arabe, les uns soutiennent que la chute des dictateurs et l’organisation d’élections libres partout où les soulèvements démocratiques l’ont emporté seraient en fait le contraire d’un progrès puisque les islamistes ont ainsi triomphé par les urnes et qu’un autoritarisme clérical serait encore bien pire qu’un autoritarisme laïc.

Les tenants de cette thèse invoquent, bien sûr, le précédent de l’Iran où le régime des mollahs a réussi à devenir encore plus odieux et certainement plus déstabilisateur que celui du Chah. C’est ce qui conduit Mme Le Pen à juger « ahurissant » que la France reconnaisse l’opposition syrienne et à souhaiter que Bachar al-Assad se maintienne au pouvoir. Ce point de vue n’est pas que celui de l’extrême-droite. Il est plus discrètement mais clairement partagé par beaucoup de modérés de droite comme de gauche mais n’est pas du tout celui des spécialistes du Proche-Orient qui, comme les diplomaties occidentales, défendent dans leur écrasante majorité un point de vue contraire et régulièrement développé dans cette chronique.

L’islamisme, disent-ils en substance, est devenu soluble dans la démocratie parce que le modèle iranien s’est épuisé et ne fait plus rêver personne dans le monde arabe, parce que c’est l’aggiornamento démocratique des islamistes turcs qui séduit aujourd’hui les islamistes arabes car il leur a permis de devenir une force politique incontournable et de se faire régulièrement réélire et, surtout, parce qu’en ayant accédé au pouvoir par les urnes, les islamistes tunisiens, égyptiens et libyens ont désormais une obligation de résultats.

Comme les islamistes turcs, ils doivent montrer à leurs électeurs qu’ils sont capables de gouverner et améliorer leur quotidien. Ils doivent autrement dit rassurer les investisseurs et s’assurer le soutien des Occidentaux car, en admettant même qu’ils en aient l’ambition, ils ne sont pas assez puissants pour tenter de se maintenir au pouvoir par la force.

Relancé par le soutien que la France accorde aux insurgés syriens, ce débat est plus vif que jamais mais, face à la crise de Gaza, que fait aujourd’hui l’Egypte dont le nouveau président, Mohamed Morsi, est issu des Frères musulmans, le plus vieux des mouvements islamistes dont le Hamas n’est autre que la branche palestinienne ?

L’Egypte a rappelé son ambassadeur en Israël. Elle se dit solidaire de Gaza dont elle condamne évidemment le bombardement mais, en pratique, Le Caire est aujourd’hui la principale force de médiation entre Israël et le Hamas. C’est dans la capitale égyptienne, avec une discrète délégation israélienne, que s’est cherché le cessez-le-feu qui paraît s’annoncer car la priorité, l’obsession de Mohamed Morsi est de devenir un homme d’Etat responsable aux yeux des Egyptiens en refaisant de son pays la grande puissance arabe et en lui conservant l’indispensable appui économique des Etats-Unis. On peut, et facilement, ne pas aimer son conservatisme, son libéralisme et son cléricalisme mais en Egypte, pour l’heure au moins, l’islamisme est bel et bien soluble dans la démocratie.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.