C’est une heure durant que les chefs d’état-major des armées russes et françaises se sont entretenus hier. C’était la première fois qu’ils reprenaient contact depuis le début de la crise ukrainienne et l’objet de ce long échange était la coordination des frappes des deux pays contre Daesh.

Cela commence à ressembler à cette « grande coalition unie » que François Hollande appelle de ses vœux mais attention !

Ce début de ressemblance ne signifie pas qu’on y soit déjà car il reste deux grands problèmes à surmonter avant d’y arriver. Le premier est que, si la Russie s’attaque maintenant à Daesh après s’en être longtemps abstenue, elle n’en continue pas moins à diriger une moitié de ses frappes contre des groupes de l’insurrection syrienne qui n’ont rien à voir le terrorisme et dont le seul tort, aux yeux de Moscou, est de s’opposer par les armes à Bachar al-Assad.

Tant que cela durera, la France ne pourra pas entrer en coalition avec la Russie, pas plus que ne le pourraient les Etats-Unis, les pays sunnites et les autres Européens. Une coalition suppose une similitude d’objectifs militaires et politiques. Ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui et le second problème est que la Russie, de son côté, n’envisage pas une coalition qui ne respecterait pas, dit Sergueï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, « la souveraineté de la Syrie et les prérogatives de son gouvernement ».

Cela revient pratiquement à demander que les coalisés se mettent au service de Bachar al-Assad voire à ses ordres et l’on n’est bien évidemment pas là dans le domaine de l’envisageable.

Cela ne signifie pas que la coaltion soit morte avant d'être née mais qu'on est dans une dynamique encore incertaine

La Russie a considérablement évoluée depuis qu’elle a dû constater l’extrême faiblesse des armées de Bachar al-Assad et que les attentats de Daesh ont détruit l’un de ses avions de ligne au dessus du Sinaï avant de frapper la France.

Elle s’est maintenant ralliée à l’idée d’un règlement syrien par des négociations directes, sous l’égide de l’Onu, entre le régime et l’insurrection. Cela signifie qu’elle ne considère plus, contrairement à hier, que cette insurrection serait globalement terroriste. Les choses ont beaucoup bougé, et dans le bon sens, mais la Russie se trouve ainsi en pleine contradiction puisqu’elle continue de bombarder des forces d’opposition qu’elle voudrait voir négocier avec le régime de Damas.

Cette contradiction n’est pas longtemps tenable.

Les capitales occidentales et sunnites vont toujours plus la souligner en demandant au Kremlin d’accorder ses actes et ses paroles et c’est essentiellement sur cette question que François Hollande fera porter ses entretiens de jeudi prochain à Moscou avec Vladimir Poutine.

Ou bien il pourra le convaincre de se réconcilier avec la logique et la grande coalition unie deviendra possible. Ou bien ce ne sera pas le cas et l’on en restera, le temps qu’il faudra, à une simple coordination contre Daesh.

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