L’Assemblée générale de l'organisation internationale de police criminelle élit mercredi son nouveau président, pour remplacer Meng Hongwei, qui a « disparu » en Chine. La candidature d’un ancien haut fonctionnaire russe fait redouter une dérive politique de l’organisation.

Le siège d’Interpol à Lyon en 2017.
Le siège d’Interpol à Lyon en 2017. © AFP / FRED DUFOUR / AFP

L'élection mercredi du Président d'Interpol, l'organisation internationale de police criminelle basée à Lyon, ne devrait pas réellement susciter l'intérêt. Elle est pourtant observée de près par tous ceux qui s'inquiètent de l'influence croissante des régimes autoritaires dans le fonctionnement international. 

Souvenez-vous, le mois dernier une Chinoise se présente à la police française pour signaler la disparition de son mari. L'affaire prend tout son sel quand on apprend que l'homme qui a disparu est Meng Hongwei, le Président d'Interpol, un ancien vice-ministre de la Sécurité publique en Chine. 

Meng Hongwei a été convoqué dans son pays, et il a juste eu le temps d'envoyer un message codé à son épouse en France, avant de disparaître. Depuis, il a adressé une lettre de démission d'une seule phrase au siège d'Interpol, et les autorités chinoises ont confirmé qu'il avait été arrêté pour corruption.

Cette affaire a surpris car la Chine fait beaucoup d'efforts pour présenter des candidats aux postes-clés des organisations internationales, et ternit d'un seul coup sa réputation en faisant disparaître l'un d'eux en dehors de tout cadre légal.

Les États-membres d’Interpol ont considéré ça comme une affaire intérieure chinoise, ce qui est vrai, et ont regardé dans l'autre direction... 

Mais là où l'affaire devient très politique, c'est dans la course à la succession de Meng Hongwei. Deux candidats sont en lice, l'un est sud-coréen, l'autre russe. Ce dernier, Alexander Rokopchuk, est un ancien haut-fonctionnaire du ministère de l'intérieur en Russie, actuel vice-président d'Interpol.

Après le vice-ministre de la sécurité chinois, le fonctionnaire de l'intérieur russe ? L'hypothèse peut étonner, s'agissant d'une organisation qui opère dans le domaine sensible des enquêtes policières.

Le principal risque est le détournement de la finalité de cette organisation, dont le but est d'assurer la coopération entre les polices de 192 États, contre la criminalité internationale ou le terrorisme. Les polices nationales peuvent envoyer, via Interpol, des « notices rouges » aux autres polices pour demander l'arrestation d'une personne recherchée, et des milliers de demandes sont ainsi échangées chaque année. 

La tentation est forte, pour les régimes autoritaires, de l'utiliser aussi pour pourchasser leurs opposants. La Charte d'Interpol interdit spécifiquement les demandes à caractère politique, militaire, ou religieux, mais plusieurs cas litigieux ont eu lieu ces dernières années, à l’initiative de la Turquie ou de la police russe. Ces affaires se sont bien terminées, mais les organisations de juristes redoutent une dérive politique d'Interpol en cas de nouvelle présidence issue d'un pays à l'état de droit discutable. 

L'élection est donc un test de la capacité d'un pays comme la Russie à faire élire son candidat à un poste aussi sensible.

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