La Corée du Sud a eu la surprise de recevoir une facture américaine multipliée par cinq pour le coût de la protection du pays en 2020. L’opinion sud-coréenne est choquée par la méthode.

Soldats américains lors d’une cérémonie sur une base près de Séoul, la capitale sud-coréenne en 2017. Les États-Unis ont 28 500 soldats stationnés sur le sol sud-coréen.
Soldats américains lors d’une cérémonie sur une base près de Séoul, la capitale sud-coréenne en 2017. Les États-Unis ont 28 500 soldats stationnés sur le sol sud-coréen. © AFP / JUNG Yeon-Je / AFP

C’est une histoire exemplaire de la manière dont l’administration Trump se comporte avec ses alliés, cette fois la Corée du Sud. Les dirigeants de Séoul ont eu la surprise de se voir présenter une facture américaine multipliée par cinq, de 900 millions de dollars en 2019, à 5 milliards de dollars en 2020, pour le prix de leur sécurité. 

Les États-Unis maintiennent 28 500 soldats sur le sol sud-coréen, héritage de la guerre de Corée du début des années 50, et de la tension jamais surmontée avec la Corée du nord. C’est pour cette présence et la protection qui va avec en cas d’agression, que Washington facture Séoul. 

Le prix avait déjà augmenté de 8% cette année, conformément au désir affiché de Donald Trump de faire payer plus les pays protégés par l’armée américaine. Mais de là à multiplier par cinq d’une année sur l’autre, les Sud-Coréens n’en sont pas revenus, et une réunion à ce sujet a tourné court mardi.

Les Sud-Coréens sont scandalisés, toute tendance politique confondue. Même la droite conservatrice, qui défile généralement en affichant le drapeau américain en souvenir de la fraternité d’armes, a exprimé son indignation.

Des manifestants campent désormais devant l’ambassade des États-Unis pour dénoncer un « manque de respect » vis-à-vis d’un allié fidèle, dans l’une des zones les plus sensibles au monde.

Les Sud-Coréens sont d’accord pour contribuer plus, c’est la rançon de la réussite économique de leur pays ; mais entre une augmentation de 8% par an déjà acceptée et le quintuplement demandé, ils jugent la démarche disproportionnée.

La presse sud-coréenne met en garde que cette affaire pourrait avoir des conséquences sur l’alliance militaire entre les deux pays, même si on voit mal la Corée du Sud se priver du parapluie américain face à une Corée du nord nucléarisée. Mais hasard ou pas, ce weekend Séoul a annoncé des discussions avec la Chine en vue de conclure des accords de défense afin, dit-elle, d’« assurer la stabilité régionale ». 

Les États-Unis n’ont pourtant pas intérêt à affaiblir leur alliance avec Séoul, mais Donald Trump applique depuis le début de son mandat une logique comptable, bien plus que géopolitique, à ses alliances.

C’est le cas en Asie où la raison le pousserait effectivement à renforcer ses liens avec Séoul alors qu’il entend contenir l’essor de la Chine ; c’est aussi le cas en Europe, où Donald Trump a commencé sa relation avec les membres de l’Otan en les engueulant de ne pas dépenser assez pour leur défense.

L’épisode sud-coréen vient à point nommé alors que les Européens débattent intensément de la déclaration d’Emmanuel Macron décrivant l’Otan en état de « mort cérébrale ». 

Selon le magazine Der Spiegel, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a proposé d’organiser une discussion sur l’avenir de l’Otan avant le sommet des 70 ans qui se tiendra bientôt à Londres. Une discussion, en fait, sur la difficulté d’être l’allié de Donald Trump, en Asie ou en Europe.

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