Le G20 se réunit -virtuellement- ce weekend sous présidence saoudienne, ce qui soulève inévitablement des questions sur les droits humains dans le Royaume. La diplomatie mondiale ne sait toujours pas comment traiter cette question pourtant centrale.

Le prince héritier Mohamed Ben Salman assiste, le 7 octobre 2019, à une rencontre internationale de boxe près de Ryad, un des événements désormais autorisés dans le Royaume.
Le prince héritier Mohamed Ben Salman assiste, le 7 octobre 2019, à une rencontre internationale de boxe près de Ryad, un des événements désormais autorisés dans le Royaume. © AFP / andar AL-JALOUD / Saudi Royal Palace / AFP

Par sa richesse, l’Arabie saoudite fait naturellement partie du groupe des 20 principales puissances économiques, le G20, et c’est son tour d’accueillir -virtuellement cette année- son sommet. C’est inhabituel car on n’a guère l’habitude de voir l’Arabie saoudite au centre de la diplomatie mondiale, et, surtout, ce coup de projecteur s’accompagne de sérieuses questions.

Il n’est évidemment écrit nulle part que le pays qui accueille le G20 doive être un modèle de respect des droits de l’homme et de gestion transparente. Surtout lorsque l’agenda est aussi lourd : pandémie et crise économique. Mais l’Arabie saoudite est un cas à part. Sans doute est-ce dû à la personnalité de l’homme fort du Royaume, le prince héritier Mohamed Ben Salman, qui, à 35 ans, a déjà un lourd bilan derrière lui. 

Ce G20 de Ryad prend un goût amer dès qu’on évoque les sujets les plus lourds de son passif : l’assassinat du journaliste exilé Jamal Khashoggi dans des conditions particulièrement cruelles en octobre 2018, de toute évidence sur ordre du Palais ; ou encore l’emprisonnement de nombreux Saoudiens trop indépendants.

On pense aussitôt aux femmes saoudiennes : c’est le grand paradoxe de ce prince héritier trop pressé : il veut moderniser le royaume, mais de manière autoritaire, c’est-à-dire selon sa volonté. Il a donné le droit de conduire aux femmes, et desserré le carcan sur la jeunesse.

Mais celles et ceux qui vont dans le même sens de manière autonome, plus revendicative, sont perçus comme des menaces et sont impitoyablement réprimés. 

Amnesty international attire ainsi l’attention sur le cas de Loujain al Hathloul, militante des droits des femmes emprisonnée depuis deux ans et demi. Le prince héritier a donné des droits aux femmes, mais s’acharne sur la militante intrépide. Le 26 octobre, la jeune femme de 31 ans a entamé une grève de la faim car on lui interdit les contacts avec sa famille.

Elle n’est pas la seule femme en prison pour dissidence, tout comme les 34 journalistes recensés dans les geôles du royaume.

Le G20 n’a évidemment pas vocation à régler les situations intérieures de ses membres, il est un lieu de coordination des politiques économiques - pas très efficace il faut bien le dire, surtout avec un Président américain unilatéraliste.

Mais peut-on imaginer fermer totalement les yeux sur les pires abus lorsqu’on est réuni pour traiter des problèmes du monde ? C’est un sujet auquel la diplomatie internationale n’a jamais trouvé de réponse. En 1981, un ministre de François Mitterrand, Jean-Pierre Cot, avait déclaré qu’il ne voyageait jamais sans avoir d’abord consulté le rapport annuel d’Amnesty International : il a rapidement sauté… Plus tard, sous Nicolas Sarkozy, Rama Yade, ministre des droits de l’homme, a dû avaler pas mal de couleuvres, et le poste a disparu.

Entre une diplomatie dictée par les droits de l’homme, et une autre qui les ignore totalement, il doit se trouver une voie étroite qui permettrait de ne pas transformer un sommet international en réhabilitation d’un régime oppressif. Même ça ne semble pas possible dans le cas du G20 de Ryad ; triste constat sur notre monde !

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