Beaucoup de choses pourraient en être changées. Au terme de trois mois de négociations secrètes, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne sont peut-être en train d’obtenir de l’Iran qu’il renonce à tout projet de développement d’un arsenal nucléaire. En ce moment même, à l’heure qu’il est, les négociations se poursuivent mais si elles aboutissaient, Joschka Fischer, Dominique de Villepin et Jack Straw, les ministres des Affaires étrangères des trois plus grandes puissances européennes, devraient bientôt se rendre à Téhéran d’où serait annoncé cet accord. Si tel était bien le cas, l’événement serait considérable. D’un coup d’un seul, il modifierait tout à la fois la situation au Proche-Orient, les équilibres internes de l’Union européenne et les rapports transatlantiques. La donne régionale en serait changée car si l’Iran persistait à vouloir se doter de l’arme nucléaire, s’il laissait même planer à cet égard le moindre doute, le Conseil de sécurité de l’Onu se saisirait du problème, sous quelques semaines. L’Iran serait immanquablement condamné, sommé de donner des assurances aux Nations-Unies et, si cette résolution n’était pas immédiatement suivie d’effets, il serait très probable, quasiment inéluctable, que les aviations israélienne ou américaine aillent frapper les sites iraniens. Des préparatifs sont en cours, étudiés par la Maison-Blanche au plus niveau. Si l’on en arrivait à ces bombardements, non seulement la tension régionale monterait de plusieurs crans mais les conservateurs iraniens tiendraient le prétexte rêvé à un tour de vis intérieur alors que ce pays est mûr pour une démocratisation à laquelle les trois quarts de sa population aspirent depuis de longues années. C’est, donc, une double catastrophe régionale que les puissances européennes éviteraient en parvenant à faire entendre raison à Téhéran contre un engagement - c’est le marché - à permettre un développement du nucléaire civil iranien. Le paysage politique européen en serait redessiné car la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne offriraient, là, son premier grand succès diplomatique à l’Europe. Non seulement la crédibilité internationale de l’Union en serait rehaussée, non seulement l’idée d’une politique étrangère européenne cesserait de faire sourire mais on finirait aussi par voir, mieux vaut tard que jamais, tout ce que Paris, Londres et Berlin partagent, au-delà de la crise irakienne. Déjà d’accord sur le projet de Constitution de l’Union et la nécessité d’une relance volontariste des économies européennes, ces trois pays affirmeraient dans leur éventuel succès iranien une unité nouvelle, à la fois susceptible de faire reculer l’euroscepticisme, d’accélérer la construction de l’Europe et de resserrer ses rangs dans une ambition commune. Les rapports entre l’Europe et les Etats-Unis, enfin, ne seraient alors plus les mêmes, le monde s’en porterait mieux, car une Europe unie, agissant sur la scène internationale et fière d’elle-même commencerait à prendre le poids politique dont ses divergences la privent encore. C’est avec ces trois bénéfices en tête que Français, Britanniques et Allemands ont pris langue avec les Iraniens en juillet. Reste à croiser les doigts et compter les heures.

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