Le juge Mehlis est le spécialiste des affaires terroristes en Allemagne. Au fil des années, il a naturellement noué des contacts privilégiés avec la presse de son pays qui font tout l’intérêt des révélations publiées ce matin par Stern. Dans le cadre de l’enquête dont l’a chargé l’Onu sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, le juge Mehlis aurait, à en croire l’hebdomadaire allemand, entendu le chef des renseignements militaires syriens, Assef Chawkat, qui n’est autre que le beau-frère du président Bachar al-Assad. Selon Stern toujours, Assef Chawkat aurait été entendu comme suspect et non pas comme simple témoin et quatre autres responsables syriens de haut niveau dont l’ancien chef des services de renseignements au Liban, Rustom Ghazalé, seraient également considérés comme suspects. On saura bientôt si ces informations sont fondées puisque c’est aujourd’hui que le magistrat remet son rapport au Secrétaire général de l’Onu qui le transmettra dès demain au Conseil de sécurité pour examen mardi prochain mais il y a plus de deux semaines que des rumeurs semblables circulent à Beyrouth. On verra, mais que le juge Mehlis désigne ou non des personnalités aussi haut placées, il ne semble plus faire de doute que son rapport liera la Syrie à l’assassinat de Rafic Hariri. Il devrait donc demander et obtenir une prolongation de sa mission pour poursuivre ses investigations à Damas. Dans les deux mois à venir, un magistrat mandaté par le Conseil de sécurité devrait ainsi interroger tous les hommes qui comptent dans la capitale syrienne, recouper leurs déclarations, traquer les contradictions, cuisiner, en un mot, un régime dictatorial, lâché par les pays arabes et sous pression conjointe de la France qui veut débarrasser à jamais le Liban des ingérences syrienne et des Etats-Unis qui veulent, eux, faire cesser l’entrée d’armes et de terroristes en Irak à partir du territoire syrien. Engagé depuis le 14 février, jour de l’assassinat de Rafic Hariri, un bras de fer se durcit mais où peut-il mener ? Première hypothèse, le régime syrien fait la part du feu, se dédouane en faisant porter toute la responsabilité de ce meurtre sur des responsables qui auraient agi de leur propre chef et les livre à la justice libanaise. Le chef de l’Etat, Bachar al-Assad, avait semblé ouvrir cette porte la semaine dernière en déclarant sur CNN que la Syrie était innocente mais que si des Syriens étaient mêlés à cette affaire, ils seraient considérés « comme des traîtres et sévèrement punis ». Depuis, Bachar al-Assad, paraît avoir changé de pied. « Nous sommes innocents à 100% », vient-il de déclarer à un autre hebdomadaire allemand, Die Zeit, car il ne lui est pas si aisé de trouver des boucs émissaires à la fois crédibles et disposés à se sacrifier en ne se montrant pas trop bavards. Deuxième hypothèse, donc, le régime syrien fait front, se durcit, s’isole encore un peu plus, « joue la Corée du Nord au Proche-Orient » comme dit un diplomate occidental. C’est possible mais aurait-il alors les moyens de tenir bien longtemps ? C’est toute la question, une grande question car, si ce régime s’écroulait, la relève la plus probable serait islamiste.

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