Officiellement, ce sont les Etats-Unis qui invitent. Georges Bush s’est même dit « impatient d’accueillir » ce sommet sur la réforme du système financier international qui se tiendra, en novembre, sur le sol américain mais la vérité est qu’il s’en serait bien passé. La vérité est qu’il n'a simplement pas pu refuser cette réunion dont l’idée avait été lancée par Nicolas Sarkozy il y a un près d’un mois et que le Conseil européen avait unanimement reprise, la semaine dernière. La vérité est que ce sommet, premier d’une série à venir, était devenu une pressante demande des 27, une exigence européenne, que le président de la Commission, José Manuel Barroso, et le chef de l’Etat français, président en exercice de l’Union, étaient allés, samedi, présenter ensemble à Georges Bush et qui s’est imposée à lui en vertu d’un rapport de forces. A entendre Nicolas Sarkozy, il ne s’agit de rien de moins que de « refonder le capitalisme », de rompre, dit-il, avec les « détestables pratiques » qui ont conduit à l'éventuelle débâcle. « Nous ne pouvons pas poursuivre sur la même voie car les mêmes problèmes susciteraient les mêmes désastres », a-t-il expliqué en appelant de ses vœux un plus grand contrôle des fonds d’investissement et des grandes institutions financières, la fin des paradis fiscaux et de nouvelles règles internationales, définies et supervisées par le FMI. Attentif à ne pas braquer Georges Bush et soucieux surtout de ne pas affoler les plus timides des Européens, le président de la République n’a guère été plus spécifique mais, dimanche, à Québec, devant le sommet de la francophonie, François Fillon a enfoncé le clou. La France, a-t-il dit, demande que « les Etats-Unis ne puissent plus s’endetter sans fin sur le dos du reste du monde », que « la puissance des économies asiatiques soient reflétées par leurs monnaies » et que « soient mis en place les instruments d’une relance économique globale ». La France souhaiterait, autrement dit, que l’Amérique ne puisse plus abuser du rôle de monnaie de référence dont le dollar bénéficie depuis 1944, que la Chine cesse de doper ses exportations en sous-évaluant sa propre monnaie et que les Etats contribuent, dans un retour au keynésianisme, à enrayer la crise économique qui se profile. Toute l’Europe ne va pas jusque là. On l’a bien vu au dernier Conseil européen mais, outre que la réalité pourrait vite y mener l’Union, il est frappant que José Manuel Barroso, lui-même libéral et qui ne peut s’exprimer qu’au nom des 27, ait publiquement plaidé, samedi, la nécessité d’un « nouvel ordre financier international ». Devant cet assaut européen, le président américain était nettement sur la défensive, pied sur le frein et appelant au respect des libertés du marché, des entreprises et du commerce. Entre l’Europe et l’Amérique, les positions de départ ne sont pas plus semblables qu’elles ne le sont entre les 27 mais l’ampleur des réformes qui, en tout état de cause, s’annoncent ne dépendra pas des intentions présentes des uns et des autres. Elle dépendra de deux inconnues – du degré de gravité qu’atteindra la crise économique et du résultat de l’élection du 4 novembre.

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