Peut-être faudrait-il oublier les mots de « Proche-Orient ». Pour parler de la zone où se concentrent les problèmes les plus brûlants du monde, sans doute faudrait-il plutôt utiliser la dénomination d’« Asie du sud-ouest », région dans laquelle les atlas englobent non seulement Israël et ses voisins arabes mais aussi l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde – l’ensemble des pays qui font aujourd’hui l’actualité internationale dans une rare et inquiétante complexité. Qu’on en juge. A Washington, le sujet de l’heure est la présidentielle afghane du mois d’août. La fraude y a été telle que la réélection d’Hamid Karzaï ne pourrait plus être confirmée sans susciter de nouvelles divisions afghanes Un second tour s’impose. Il serait impossible de ne pas l’organiser mais on ne pas non plus le faire avant que les neiges ne bloquent des régions entières. Il faudrait attendre le printemps, autrement dit reporter à de longs mois l’urgence qu’est le déploiement d’une nouvelle stratégie de l’Otan dans ce pays et les Occidentaux font donc le forcing auprès d’Hamid Karzaï et de son rival, Abdullah Abdullah, pour qu’ils acceptent de gouverner ensemble. On devrait savoir ce qu’il en est dans la journée mais, si les Occidentaux en sont à rêver de cet expédient, ce n’est pas seulement qu’ils sont en passe de perdre cette guerre. C’est également qu’ils craignent que l’Afghanistan n’emporte le Pakistan dans sa tourmente puisque taliban pakistanais et afghans s’épaulent dans leurs pays respectifs, que les militaires pakistanais voudront reprendre pied en Afghanistan si un vide s’y créait car ce pays n’est pour eux que leur arrière-cour, une profondeur stratégique à opposer à l’Inde rivale, et que les tensions entre l’Inde et le Pakistan, deux Etats nucléaires, en seraient immédiatement ravivées. Les Etats-Unis veulent reprendre en mains « l’Afpak », comme ils désignent désormais l’ensemble pakistano-afghan, et c’est pour cela qu’ils ont pratiquement obligé l’armée pakistanaise à lancer l’offensive en cours contre les taliban dans cette région limitrophe de l’Afghanistan qu’est le Sud-Waziristan. Beaucoup de choses se jouent dans cette bataille mais plus au sud, là où la frontière occidentale du Pakistan longe l’Iran, se pose un nouveau problème, celui du Baloutchistan, à cheval sur les deux pays et virtuellement sécessionniste dans chacun d’entre eux. C’est là qu’un groupe terroriste du Baloutchistan iranien, lié aux taliban de l’Afpak, a monté, dimanche, un attentat d’ampleur contre le pilier du régime iranien, les Gardiens de la Révolution. Sur cette frontière-là, les intérêts iraniens et américains convergent et c’est l’une des raisons pour lesquelles, aux dires même des Américains, les pourparlers sur le nucléaire ont progressé hier, à Vienne, entre Téhéran et les Occidentaux. Toutes les parties le disent. Il y aurait eu un si « bon départ » que les discussions reprennent ce matin, dans quelques instants. Rien n’est encore réglé. Tout peut encore capoter mais une sauce, décidément, paraît prendre.

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