La sauce a pris, plus vite que prévu. Réunis, hier, à Deauville, pour réfléchir aux moyens d’établir un partenariat entre l’Union européenne et la Fédération de Russie, la chancelière allemande et les présidents russe et français sont parvenus à des concessions réciproques et, plutôt, prometteuses. Dmitri Medvedev a annoncé qu’il participerait, en personne, au prochain sommet de l’Otan, les 19 et 20 novembre à Lisbonne. Il a ainsi fait le geste qui permettra de rassurer les Etats-Unis et ceux des membres de l’Union qui ne voudraient pas qu’un rapprochement euro-russe se fasse au détriment de la solidité du lien euro-américain. Mieux encore, le président russe a ouvert la porte à la possibilité d’une participation de son pays au bouclier antimissile que les Etats-Unis souhaitent mettre en place avec l’Europe. Dmitri Medvedev, en un mot, a tout fait pour convaincre qu’il n’entendait pas « découpler » l’Europe et les Etats-Unis, comme on disait aux temps de la Guerre froide, et la France et l’Allemagne se sont, en retour, prononcés pour une suppression progressive des visas entre l’Union et la Fédération. C’était le geste qu’attendait, de son côté, Dmitri Medvedev, celui qui lui permettra de faire valoir à Moscou que Paris et Berlin n’ont plus de prévention vis-à-vis de la Russie et sont réellement prêts à conduire l’Union vers ce partenariat qui serait un atout économique et politique pour l’ensemble des Européens, de l’est et de l’ouest. « A l’horizon de 10 ou 15 ans, lui a, d’ailleurs, publiquement assuré Nicolas Sarkozy, nous devons avoir la vision d’un espace économique commun, avec la liberté d’installation, la suppression des visas et des concepts de sécurité communs ». Les choses bougent sur le continent Europe mais elles bougent, également, au sein même de l’Union où plusieurs évolutions se sont amorcées depuis lundi. La première est que, bien près de la chambre à part depuis deux ans, le couple franco-allemand tend insensiblement à se reconstituer, et pas seulement à travers ces pas communs vers la Russie. Parallèlement, la chancelière a accordé, en même temps que le président russe, son appui à la volonté de Nicolas Sarkozy de jeter les bases d’un nouvel ordre monétaire international durant sa présidence du G-20. Angela Merkel s’est également mise d’accord avec le président français sur un nouveau mécanisme de sanctions financières contre les pays membres laissant trop filer leurs déficits et, surtout, sur une proposition de modification des traités qui – demande allemande – priverait ces pays de leurs droits de vote à Bruxelles et pérenniserait – demande française – le Fonds de solidarité de la zone euro. Les bases d’une gouvernance économique de l’Union s’esquissent désormais et, pourraient être renforcées, deuxième évolution, si la Commission parvenait à convaincre les 27 de se ranger à sa proposition de création d’impôts européens visant à développer des investissements communs. Troisième évolution, enfin, la France et la Grande-Bretagne semblent bien décidées, depuis hier, à développer des programmes militaires communs, possibles embryons d’une armé européenne et source assurée de grandes économies.

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