C’était l’alerte rouge. La fébrilité était encore montée d’un cran en Europe car Moody’s, l’une des principales agences de notation, avait abaissé la veille la note espagnole de deux points après avoir mis, mardi, la France sous surveillance. L’Europe faisait soudain face à la possibilité de voir se dégrader les conditions auxquelles pourraient continuer d’emprunter l’une de ses deux principales puissances et un autre de ses grands Etats dont la situation économique est déjà plus que fragile.

Nicolas Sarkozy a donc fait annoncer qu’il s’entretiendrait par téléphone avec Angela Merkel dans l’après-midi puis, la tensions montant partout, il a sauté dans un avion pour la rejoindre à Francfort alors même qu’ils s’étaient vus il y a dix jours à Berlin et que leurs collaborateurs sont en contact permanent. C’est ainsi que s’est improvisé, à quatre jours du sommet, dimanche, des chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union, un mini-sommet de crise auquel ont également participé les ministres allemand et français des Finances, la directrice générale du FMI, le président sortant de la Banque centrale européenne, son successeur et les présidents du Conseil européen et de la Commission.

C’était l’alerte rouge car si les 27 ne se mettent pas d’accord, dimanche, sur des mesures propres à rassurer les marchés, la crise s’étendra en Europe et gagnera bientôt le reste du monde. Il ne s’agit pas là d’exagération. C’est grave, très sérieux, un moment décisif où tout pourrait basculer parce que les détenteurs de capitaux ont de moins en moins confiance dans les dettes publiques d’un nombre toujours croissant de pays européens dont l’endettement est fort et la croissance faible, que les investisseurs ont donc tendance à se couvrir en augmentant leurs taux d’intérêt, que cette envolée des taux affaiblit encore plus les Etats et que cette défiance nourrit ainsi la défiance dans un cercle toujours plus vicieux.

Il ne fallait autrement dit pas que le Conseil de dimanche puisse s’achever sur un échec ou même un demi-succès. Il fallait visser les choses, cerner les désaccords résiduels pour pouvoir trouver les compromis nécessaires dans les quatre jours restants mais le mini-sommet d’hier n’a été suivi d’aucune déclaration. On ne sait pas ce qui s’y est passé. On ne sait pas si Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont ou non parvenus à mieux accorder leurs violons sur la part de la dette grecque à annuler, l’accroissement des moyens du Fonds européen de stabilité financière, les conditions de cet accroissement, la recapitalisation des banques européennes, une éventuelle modification des traités européens et la nomination d’un responsable des Finances européennes, ministre ou, plus probablement, super-commissaire en charge de la coordination et de la surveillance des budgets nationaux.

On ne sait pas mais la nécessité d’un accord est telle qu’il serait étonnant qu’il ne soit pas trouvé. D’une manière ou l’autre, l’Europe devrait renforcer, dimanche, sa solidarité et sa crédibilité mais toute la question est de savoir si la rigueur supplémentaire qu’elle va s’infliger dans le même temps ne va pas la plonger dans une récession accompagnée de crises politiques majeures. C’est la question à 2000 milliards d’euros.

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