Le plus important dans ces élections n’est pas leur résultat. C’est qu’elles aient lieu car elles permettront enfin, quelle que soit la couleur du prochain gouvernement allemand, de relancer le dialogue entre la France et l’Allemagne. Indispensable à l’Europe, donc au monde, ce dialogue est en effet en panne. Il l’a été, depuis le printemps, car la France sortait à peine de la cohabitation que l’Allemagne entrait en campagne électorale. Il l’était depuis 1977 car, avec deux capitaines aux commandes, la France n’avait plus d’initiative diplomatique. Plus grave encore, ces aléa ne faisaient qu’amplifier un bien plus vieux problème entre les deux pays, le vrai, celui qu’avaient fait naître l’effondrement soviétique et l’unification allemande. Jusqu’à cette date, tout était simple. L’Europe, c’était la réconciliation et l’alliance de deux puissances complémentaires, la France, avec son arme atomique, son siège au Conseil de sécurité, sa stature internationale, et l’Allemagne désarmée, divisée, politiquement défaite mais forte de sa stabilité sociale et monétaire, de sa vigueur économique. L’Allemagne pouvait ainsi copiloter l’Europe que la France dessinait et il n’y avait entre elles nulle rivalité car les Allemands n’avaient pas à craindre la concurrence industrielle de la France tandis que les Français n’avaient pas à s’inquiéter du poids politique de l’Allemagne. Depuis, tout a changé. L’Allemagne est devenue le pays le plus peuplé d’Europe. La disparition du bloc soviétique l’a replacée au cœur du continent et d’une Union s'élargissant maintenant à l’Est. La fin de l’après-guerre, surtout, efface les souvenirs de la guerre et l’Allemagne reprend sa place parmi les puissances politiques car ses nouvelles générations n’ont plus de raison de se taire. La France, parallèlement, est devenue l’égale économique d’une Allemagne qui peine à digérer l’ancienne RDA et, plus encore, à adapter son système de cogestion à la mondialisation des échanges. Les deux pays ont ainsi chacun perdu sur leur terrain d’hier. Aucun des deux n’est plus le même, plus fort et plus faible à la fois, plus que jamais condamnés à s’entendre pour pouvoir peser ensemble en Europe et dans le monde mais séparés par le choc de 89 et le temps perdu depuis. L’Histoire n’attendra plus. Ou bien Allemands et Français, Jacques Chirac et le prochain chancelier, sauront redéfinir une ambition commune, un projet institutionnel et politique pour l’Europe, ou bien ils perdront ensemble car l’Europe s’essoufflera faute de locomotive ou se trouvera de nouvelles impulsions ailleurs, à Londres, autour d’une Grande-Bretagne appuyée par l’Espagne et l’Italie. Pour l’Allemagne, le choix est fait. Elle l’a dit et répété depuis longtemps. A droite ou à gauche, elle voudra, lundi matin, s’atteler à un nouveau pacte avec la France mais Jacques Chirac lui, le voudra-t-il ? Saura-t-il projeter la France dans une nouvelle dimension franco-allemande ? Peut-être, sans doute, mais cela reste à dire et à voir.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.