Un homme politique, un chef d’Etat a fortiori, ne fait rien pour rien. Il ne déplait certainement pas à Jacques Chirac de s’attirer de sympathies à gauche et ches les altermondialistes en allant plaider, aujourd’hui, à New York, l’idée d’un impôt mondial en faveur de l’aide aux pays les plus pauvres. Il lui déplait moins encore de faire ainsi de la France le plus engagé des pays riches dans l’affirmation d’une solidarité internationale vis-à-vis des douze cent millions de personnes vivant avec moins d’un euro par jour. Le Président de la République ne gaspille là son temps. Il fait coup double, intérieur et extérieur mais, outre qu’il y a des calculs plus médiocres, c’est avant tout pour illustrer sa vision de la bataille contre l’instabilité internationale que Jacques Chirac fait ce voyage. Face au terrorisme, devant le constant développement de cette menace omniprésente et permanente, il y a en effet deux stratégies qui s’opposent. La première consiste à « déclarer la guerre » aux terroristes, donc, concrètement, à la déclarer aux Etats qui sont supposés les aider ou regardés comme susceptibles de le faire. C’est la voie qu’ont choisie les Etats-Unis lorsque Georges Bush, aux lendemains des attentats du 11 septembre, a dénoncé « l’axe du mal », l’Iran, la Corée du Nord et, naturellement, l’Irak où il a bientôt envoyé des troupes. L’échec de cette stratégie est désormais patent. Non seulement, les Etats-Unis s’embourbent en Irak, non seulement cette guerre n’a fait que développer le terrorisme et fournir de nouveaux prétextes à ses organisateurs mais l’Amérique, plus grave encore, n’a plus assez de moyens - ni de temps, ni d’argent, ni d’hommes, ni de crédit politique - pour faire face aux dangers que représente la course à l’arme nucléaire des Iraniens et des Nord-coréens ou à des drames aussi immenses que les massacres en cours au Darfour, au nord-est du Soudan. Défendue par la France et beaucoup d’autres pays d’Europe et du monde, l’autre stratégie consisterait à concentrer tous les moyens disponibles sur le démantèlement des réseaux terroristes et à s’attaquer, parallèlement, à tous les problèmes qui sont leur terreau - l’extrême pauvreté, les iniquités du commerce international et les crises qui empoisonnent les relations entre l’Islam et l’Occident. Ce qui est en question, dans le choix entre ces deux voies, ce n’est pas la force ou la faiblesse, l’aveuglement munichois ou la détermination à ne pas laisser triompher le mal. C’est le meilleur moyen non seulement de traquer les terroristes mais de les priver, aussi, de tout soutien, fût-il passif. D’un côté, sous prétexte de fermeté, on ajoute les crises aux crises ; de l’autre on veut essayer de séparer les islamistes de l’Islam et les terroristes des islamistes. L’appel que lancera, cet après-midi, le président français à trouver de l’argent, quelques cinquante milliards de dollars, pour réduire l’extrême misère s’inscrit dans cette seconde démarche qui n’est pas celle de l’Amérique. Ce n’est pas complètement par hasard que Jacques Chirac déjeunera, à New York, avec Kofi Annan mais n’y croisera pas Georges Bush.

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