Peut-être la crise allemande sera-t-elle salutaire pour l’Allemagne. Sans doute obligera-t-elle ses partis à se coaliser au centre pour poursuivre la réduction des dépenses sociales entamée par Gerhard Schröder mais sans, pour autant, rompre, contrairement aux projets d’Angela Merkel, avec les principes de solidarité et de redistribution. Sans doute est-ce là ce que souhaitaient les électeurs allemands. Sans doute y aurait-il là une piste à suivre pour d’autres pays d’Europe mais la certitude est que, bénéfique ou pas pour l’Allemagne, cette crise ne l’est pas pour l’Union. Les Allemands vont, maintenant, se concentrer sur l’élaboration et la réalisation de leurs compromis internes. Ils seront tout à leurs affaires, négocieront tout entre les différentes composantes de leur future coalition, éviteront, donc, d’ajouter les débats européens à leurs débats économiques. Pour longtemps, la première puissance européenne fera profil bas dans l’Union alors que le vote de dimanche aurait du ouvrir le cycle électoral - législatives du printemps en Italie puis présidentielle de 2007 en France - à l’issue duquel aurait pu s’amorcer la relance du processus européen. C’est raté. La clarification ne sera pas au rendez-vous et l’Union risque ainsi de s’enfoncer dans la « pause », comme disent les diplomates, le demi-sommeil en fait, voire le coma, qu’elle connaît depuis les « non » français et néerlandais. Car que s’est-il passé depuis ? Rien comme prévisible puisqu’il n’y avait pas de substitut prêt au projet de Constitution mais, comme disait Gainsbourg, « rien, c’est déjà beaucoup ». En politique, rien ce n’est pas rien. Rien, en l’occurrence, cela convenait parfaitement à tous ceux des courants ou des pays européens qui sont hostiles à l’affirmation d’une Europe politique, qui se sont réjouis de voir la France et l’Allemagne rendues muettes par l’échec du projet dont elles avaient tracé les grandes lignes et qui se sont, en conséquence, gardé de faire quoi que ce soit. Placée, depuis juillet, à la tête de l’Union par le système de présidence tournante, la Grande-Bretagne a fait tout ce qu’il fallait pour compliquer et retarder encore l’adoption du prochain budget européen. Déjà privée de perspectives institutionnelles et politiques, l’Europe est, donc, également privée de perspectives financières. Hostile à toute idée de régulation et de régulation européenne a fortiori, le nouveau Président de la Commission, José Manuel Barroso, s’échine, lui, à déréglementer l’Union en suspendant les projets de réglementation commune. Ni la France ni l’Allemagne ne sont en état de contrecarrer cette politique du vide et, comme chacun sait que cela va durer, le Parlement est amorphe, en chômage technique face à une Commission qui ne lui soumet plus de textes et à des gouvernements paralysés pour les uns et paralysants pour les autres. Un mouvement se perd. L’Europe s’enlise dans un libre-échangisme sans ambition politique et le vote allemand n’arrangera rien.

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