Nul ne sait qui dirigera la France à l’issues des prochaines élections mais, si la gauche l’emportait, la logique voudrait qu’elle confie les Affaires étrangères à… Jacques Chirac. Cela serait, bien sûr, tout à fait impossible. Les coalitions gauche-droite sont aussi inconcevables en France qu’elles sont banales au Nord de l’Europe mais écoutons Lionel Jospin qui, dans les colonnes de Sud-Ouest, dénonce, ce matin, la posture prise par Nicolas Sarkozy lors de son voyage aux Etats-Unis. L’ancien Premier ministre souhaite naturellement camper, par là, sa stature d’homme d’Etat, faire valoir, contre ses rivaux socialistes, l’atout que lui donne son expérience des affaires internationales, mais chacune de ses critiques contre le ministre de l’Intérieur exprime une convergence avec le Président de la République dont il défend, de fait, la diplomatie. « Le choix n’est pas d’être anti-américain ou pro-américain, hostile ou docile, mais d’être un ami, un allié, et de rester indépendant », déclare d’abord Lionel Jospin en jugeant « déplorable » qu’un « membre important du gouvernement » soit allé s’en prendre à « l’arrogance » de la France devant le Président des Etats-Unis. S’il ne craignait pas de jeter de l’huile sur le feu dans sa majorité, Jacques Chirac recourrait au même adjectif ou pire mais ce n’est pas tout. « Le droit de veto est une prérogative des membres permanents du Conseil de sécurité, dont nous sommes, poursuit Lionel Jospin. Les Etats-Unis l’utilisent fréquemment et donner l’impression de renoncer à ce droit pour la France est une faute politique », assène-t-il en s’inscrivant en faux contre la manière dont Nicolas Sarkozy s’est démarqué de la menace de veto français contre la guerre d’Irak. Là non plus, Jacques Chirac ne pense rien d’autre et sur l’Europe enfin, Lionel Jospin récuse l’idée sarkozienne d’un « mini-traité » reprenant les principales innovations institutionnelles du projet de Constitution et lui oppose une reconstruction de l’Union à travers de « grands projets » - en un mot, l’Europe des projets chère à Jacques Chirac. Lionel Jospin n’est pas tout le PS, dira-t-on. Certes pas mais, hier, trois autres des candidats à l’investiture socialise, Laurent Fabius, Jack Lang et DSK, ont approuvé les nouvelles propositions du chef de l’Etat sur l’Iran et Ségolène Royale, plus prudente et réservée, ne les a pas non plus rejetées. Dans le débat présidentiel qui s’amorce, il y a en fait deux positions sur l’international – celle de Nicolas Sarkozy qui veut serrer les rangs avec les Etats-Unis face aux dangers géopolitiques et celle de Jacques Chirac et de la gauche qui, face à ces mêmes dangers, mettent l’accent sur l’indépendance de la France et de l’Europe, veulent organiser la multipolarité du monde et privilégient le dialogue. Cette ligne de partage dépasse les clivages politiques et le paradoxe est que la Maison-Blanche ne cesse, aujourd’hui, de se concerter avec Jacques Chirac.

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