Il fut un temps où Israël répondait par des opérations militaires aux attentats et tirs de roquettes palestiniens. Là, c’est différent. Après qu’une nouvelle roquette tirée depuis la Bande de Gaza eut blessé, la semaine dernière, 69 soldats israéliens près d’Ashkelon, au sud de Tel-Aviv, le gouvernement d’Ehud Olmert a riposté, hier, en déclarant « entité ennemie » ce territoire contrôlé par les islamistes du Hamas. Ce ne sont pas que des mots. En vertu de cette déclaration, Israël se considère désormais comme dégagé de son obligation d’assurer l’approvisionnement de Gaza en produits de première nécessité. La souffrance des populations, déjà accablées par le chômage et les pénuries, en sera redoublée car chaque nouveau tir sera maintenant sanctionné par des coupures électriques qui ne frapperont évidemment pas que les militants des groupes les plus radicaux mais tous les habitants de la Bande sans exception. Il s’agit là de représailles collectives, indistinctes, par définition injustes, mais, outre qu’elles causeront, malgré tout, moins de souffrances que les ripostes militaires, elles reflètent un profond changement de la politique israélienne. Elles signifient qu’Israël ne veut pas se laisser entraîner dans un engrenage qui pourrait mener à une réoccupation de Gaza, fût-elle provisoire, et souhaite plutôt tenter de dresser les habitants de la bande contre le Hamas en leur montrant que les islamistes ne peuvent les mener qu’à l’impasse. Il est loin d’être certain que cette tactique donne, par elle-même, les résultats escomptés mais elle s’inscrit dans une stratégie plus vaste consistant à négocier un accord de paix avec Mahmoud Abbas, le Président palestinien dont le parti, le Fatah, a été chassé de Gaza au début de l’été dernier. Si ces négociations, difficiles mais en cours, définissaient les termes d’un règlement définitif, tous les Palestiniens, ceux de Gaza comme ceux de Cisjordanie, auraient à choisir entre la guerre et la paix et alors là, oui, les islamistes se trouveraient isolés. Est-ce un rêve ? Ces négociations ne conduiront-elles qu’à un échec de plus ? C’est ce qu’on pense et dit généralement mais les sceptiques n’ont pas forcément raison car la radicalisation de la région a conduit les gouvernements arabes, israélien et américain à vouloir trouver un compromis. Condoleezza Rice fait depuis hier la navette entre Israéliens et Palestiniens. Elle a déclaré dans l’avion qui l’amenait de Washington que la conférence de paix que les Etats-Unis entendent organiser à l’automne serait « sérieuse », « exhaustive » et aborderait la question de Jérusalem et celle des réfugiés. « Il serait absurde d’imaginer, a-t-elle dit, que le Président convoque une réunion internationale pour une simple séance de photos ». Le vice-Premier ministre israélien, le travailliste Haim Ramon vient, parallèlement, d’adresser au Conseil municipal de Jérusalem un projet de plan de partage de la ville. Aussitôt connu, ce plan a suscité les protestations de l’aile droite de la coalition gouvernementale. Les choses bougent, dans l’incertitude et la souffrance.

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