Et maintenant la Suède. Comme dans tant d’autres pays européens, l’extrême-droite y a, donc, progressé aux législatives d’hier en réussissant, pour la première fois, à entrer au Parlement. Avec 5,7 % des voix, ce n’est pas un raz-de-marée qu’elle opère mais ce score n’est pas rien et suffit, en tout cas, à sérieusement compliquer la formation d’un gouvernement puisque ni l’opposition social-démocrate ni les gagnants de ce scrutin, les conservateurs sortants, ne disposent ainsi d’une majorité absolue. L’extrême-droite vient de renverser l’échiquier politique suédois et les moyens qu’elle s’était donnés pour y parvenir en disent long sur l’état de l’ensemble des pays européens. A la fin des années 90, lorsque les SD, les Démocrates de Suède puisque c’est leur nom, commencent à faire parler d’eux, on voit encore des uniformes nazis à leurs réunions et ils ne font que 0,37% des voix. Ils ne sont encore qu’à la marge des marges mais se choisissent, en 2005, un leader parfaitement policé, Jimmie Aakesson, un jeune M. Tout le monde qui n’a plus rien d’un skinhead et dont les cheveux bien peignés, les tenues discrètement à la mode et les lunettes carrées rassurent. C’est cet homme et ce changement de look qui ont mené les SD au succès car ils avaient compris qu’ils pourraient infiniment mieux surfer sur les inquiétudes présentes de leurs concitoyens que sur les nostalgie fascistes des années 30. En Suède comme partout l’Etat providence régresse, l’avenir devient incertain et la prospérité nationale est ébranlée par les bouleversements économiques du monde, par la financiarisation du capitalisme et l’émergence de nouvelles puissances économiques dont les bas salaires contribuent à la désindustrialisation des anciennes puissances. En Suède comme partout, la peur du déclassement, individuel et national, devient un phénomène politique majeur, une réalité qui conduit à indistinctement craindre tout ce qui vient d’ailleurs, immigrés, importations à bas coût et fermetures d’usines décidées par des actionnaires lointains dont on sait à peine qui ils sont. Non seulement les SD ont rangé le nazisme dans l’arrière boutique mais ils font même tout pour éviter de paraître trop racistes, n’accusent plus tous les immigrés d’être criminels mais dénoncent, plus subtilement, la « connexion » entre immigration et insécurité et défendent, c’est la grande nouveauté, l'élément clé, les laissés-pour-compte du bien-être, tous ceux qui n’arrivent plus à vivre de leurs revenus ou les voient fondre et craignent de se retrouver au chômage ou dans la gêne. Le message des Démocrates de Suède et que, sans les étrangers, la Suède redeviendrait un paradis, perdu et mythifié. Leur message est ce même mélange de rejet de l’autre et de défense des acquis sociaux qu’incarne Marine Le Pen en France et qui fait, pour les mêmes raisons, le succès de toutes les nouvelles extrêmes-droites européennes, de l’Italie aux Pays-Bas et du Danemark à la Suisse, en passant par la Belgique. Jeunes, banalisées et parfaitement à l’aise sur les plateaux de télévision, ces forces ont un boulevard devant elles tant que les grands partis continueront à ne pas aborder de front le recul économique et industriel de l’Europe.

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