Dans un monde en crise financière, le débat économique international devient fascinant. Tout s’y joue désormais à front renversé avec des pays, des marchés, des institutions, des forces et des dirigeants politiques conduits à plaider pour ce qu’ils auraient pourfendu il y encore bien peu de temps.

A l’origine, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel étaient des libéraux. La « rupture » que promettait le président français lors de sa campagne électorale était une rupture libérale. Lorsqu’elle s’était présentée pour la première fois devant les électeurs, la chancelière allemande avait elle aussi proposé de tourner le dos au modèle social européen et quelle est, aujourd’hui, leur cheval de bataille ? Que défendent-ils en commun, bec et ongles ?

L’imposition d’une taxe sur les transactions financières, de cette taxe Tobin qui avait été l’étendard des altermondialistes, l’idée qui avait fait d’eux une grande force antilibérale et que l’écrasante majorité des gens dits sérieux considéraient alors comme une lubie gauchiste. La chancelière et le président s’y sont ralliés parce que leurs Etats ont besoin d’argent et qu’ils ne peuvent pas en demander qu’aux classes moyennes et aux plus pauvres.

Autrefois, depuis trois décennies du moins, les Etats-Unis étaient à peu près unanimes à considérer, comme les libéraux, que l’impôt tuait l’impôt et qu’à trop imposer les riches, on ne faisait que décourager l’esprit d’entreprise. Personne n’y aurait eu l’idée de bâtir une campagne électorale sur la redistribution par l’impôt et que fait Barack Obama ? Au plus grand effroi des Républicains qui l’accusent de vouloir ressusciter « la lutte des classes », il est en train de fonder toute la bataille pour sa réélection sur la nécessité d’augmenter la pression fiscale sur les plus riches afin de financer la lutte contre le chômage et la rénovation des écoles et des infrastructures.

Autrefois, en théorie du moins, l’Europe croyait aux effets bénéfiques de la dépense publique sur la croissance alors que les Etats-Unis pourfendaient le « trop d’Etat ». Désormais, l’Europe ne jure plus que par les plans de rigueur alors que l’Amérique l’abjure de s’en méfier et d’au contraire dépenser pour soutenir la relance des économies européenne et mondiale. Mieux encore, sous la direction de Dominique Strauss Kahn, ancien ministre de Lionel Jospin, comme sous celle de Christine Lagarde, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, le Fonds monétaire international, ce FMI qui avait été si longtemps le grand avocat des équilibres budgétaires et de la réduction des dépenses publiques, appelle aujourd’hui à un soutien budgétaire de la relance, autrement dit à un accroissement de ces déficits que l’Europe s’est juré de réduire.

Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. C’est le monde à l’envers car, revenus des mythes libéraux, les chefs d’Etat et de gouvernement cherchent à restaurer des puissances publiques capables de faire face à l’irrationalité des marchés qui, eux-mêmes, aspirent maintenant à des Etats forts pour garantir l’investissement. Alors que les fédéralistes voulaient autrefois un Etat européen pour réguler le marché mondial, ce sont aujourd’hui les marchés qui pressent l’Union de se fédéraliser pour mieux rembourser ses dettes.

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