C’est une élection nationale qui aura lieu dans un pays, l’Allemagne, qui n’est tout de même les Etats-Unis malgré sa vigueur économique. Le suspens n’est pas exactement haletant puisque la chancelière sortante a toutes chances d’être réélue pour un troisième mandat et que la seule question est de savoir avec qui, les libéraux ou la gauche, elle pourra gouverner et pourtant…

Il n’y a pas un pays européen où cette élection ne soit pas disséquée jour après jour, où les sondages allemands ne soient pas analysés avec tout autant d’attention qu’à Berlin et où l’on ne se projette pas au-delà du scrutin de dimanche pour supputer les conséquences des différents résultats possibles.

La raison en est simple.

Il n’y a plus d’élection dans un pays de l’Union, a fortiori dans un grand pays de l’Union, qui ne concerne aujourd’hui l’ensemble des 28 et même des pays candidats et qui ne soit, en conséquence, vécue comme une élection européenne. Ce fut le cas de la dernière présidentielle française, elle aussi suivie à la loupe par toute l’Europe et, si c’est à nouveau le cas pour ces législatives allemandes, ce n’est pas seulement parce que l’Allemagne est aujourd’hui la première puissance économique de l’Union.

Cela compte. Cela compte beaucoup puisque la richesse de la République fédérale lui donne un poids tout particulier en Europe où rien ne peut plus se faire contre elle mais l’essentiel est que les Allemands ne vont pas seulement envoyer le candidat de leur choix à la chancellerie mais élire aussi, réélire en l’occurrence, un membre du Conseil européen, l’instance où siègent les 28 chefs d’Etat et de gouvernements.

Or cette instance est devenue le lieu où se décident les politiques qui sont ensuite menées dans l’ensemble des pays membres. Tout ne s’y décide pas, bien sûr. Ce n’est pas là-bas que s’était décidée l’intervention de la France au Mali ou la position qu’elle a prise sur la Syrie. La politique étrangère, la Défense, l’éducation, la culture, le code du travail, les règles et l’ampleur de la protection sociale, l’organisation de la Justice ou des lois comme celle qui vient d’autoriser le mariage homosexuel en France continuent d’être l’apanage des Etats mais les dirigeants nationaux décident de plus en plus de choses ensemble et, depuis que le krach de Wall Street et la crise des dettes publiques ont ébranlé l’Union, les grandes orientations économiques sont prises au sein du Conseil.

Cette évolution tient au fait que, désormais, les pays européens s’en sortiront ou trébucheront ensemble, les plus faibles comme les plus forts. C’est cette évolution qui a précipité le désamour entre l’Europe et les Européens qui se demandent qui a élu ce Conseil qui décide maintenant du niveau de leur vie, de leurs dépenses publiques et de leur endettement. Ils se le demandent à juste titre même s’ils oublient là qu’ils élisent chacun de ses membres dans chacun de leur pays. Cette situation devrait évidemment obliger à de profonds changements institutionnels dans l’Union mais le fait est que, lorsque les Européens désignent leur président ou leur Premier ministre, c’est avant tout à un représentant national au directoire européen qu’ils accordent leur mandat.

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