Après des échanges acrimonieux ces dernières semaines, les dirigeants européens se retrouvent aujourd’hui à Salzbourg en Autriche, avec au menu LE sujet qui fâche : l’immigration.

Diner informel des 28 dirigeants de l’Union européenne, mercredi soir à Salzburg, Autriche, en prélude au sommet d’aujourd’hui.
Diner informel des 28 dirigeants de l’Union européenne, mercredi soir à Salzburg, Autriche, en prélude au sommet d’aujourd’hui. © AFP / GEORG HOCHMUTH / APA / AFP

Donald Tusk, le Président du Conseil européen, a voulu introduire de la rationalité dans ce débat. Il a fait valoir que le nombre de nouveaux arrivants illégaux en Europe est tombé de deux millions, le pic atteint en 2015, à moins de 100 000 cette année pour l’ensemble d’un continent de plus d’un demi-milliard d’habitants. Une réduction obtenue au prix d’une délocalisation des contrôles dans des pays tiers, critiquée par des organisations humanitaires comme Médecins du Monde. 

C’est moins, a-t-il dit aux 28 dirigeants réunis pour un dîner informel hier soir, qu’avant la folle année 2015. Au lieu d’essayer de tirer des bénéfices politiques de la situation, nous devrions nous concentrer sur ce qui marche et avancer, a déclaré le Président du Conseil européen. Présenté comme ça, l’argument semble raisonnable. 

Il a peu de chances d’être entendu, pour au moins deux raisons. D’abord, nous sommes en année électorale, avec le scrutin européen de mai prochain. Les forces populistes et d’extrême droite se sentent pousser des ailes après des succès ces derniers mois, surtout en Italie, où elles sont aujourd’hui au pouvoir ce qui change la donne.

La rhétorique de ces partis anti-migrants dépasse de loin la rationalité des chiffres comme ceux qu’avance Donald Tusk, et joue sur le registre de l’émotion. Il y a peu de chances que ces forces politiques changent soudainement un discours qui porte.

L’autre raison est peut-être plus profonde. Elle est identitaire, un mot aux sens multiples, mais qui révèle une incertitude sur sa place dans la société et dans un monde redevenu effrayant. 

Il n’est pas nécessaire d’être menacé pour se sentir menacé : en France ou ailleurs, l’extrême droite fait souvent de gros scores dans des régions où il n’y a quasiment pas un étranger. Et dans les régions qui se sentent malmenées par l’économie mondialisée, il est aisé de penser que les nouveaux arrivants ont plus de droits que des citoyens oubliés.

L’Europe paye encore le chaos et les incohérences de 2015, lorsque certains ont ouvert leurs frontières tandis que d’autres les fermaient, l’incapacité des dirigeants à parler d’une même voix et à agir dans une situation de crise.

Plus récemment, il y a eu le désastreux épisode de l’Aquarius, ce navire de naufragés refusé par l’Italie et que personne ne voulait accueillir. Les bateaux suivants ont été gérés de manière plus harmonieuse, mais il en faudra plus pour faire oublier les images déplorables des mois et des années précédentes. Et endiguer les flux en les bloquant dans des pays en crise comme la Libye, aux méthodes régulièrement dénoncées par les organisations humanitaires, ne fait pas réellement une politique.

L’Europe renforce aussi sa sécurité extérieure, avec jusqu’à 10 000 hommes pour Frontex, la police européenne des frontières, mais là encore, ça ne change pas la donne psychologique.

Sans doute est-ce un discours difficile à tenir dans cette période que de réaffirmer les valeurs d’accueil de l’Europe pour les damnés de la terre, tout en rassurant les plus fragiles dans nos sociétés qu’ils ne seront pas les perdants de cette nécessaire solidarité. C’est une voie étroite, un « en même temps » que les dirigeants politiques ne parviennent pas encore tenir

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