Alors que la Tunisie vit des élections imprévisibles, la mort de l’ancien dictateur vient rappeler qu’il se faisait réélire à près de 100% des voix… Imparfaite, la démocratie tunisienne a fait son chemin depuis la révolution de 2011 qui a chassé Ben Ali du pouvoir.

Le 14 janvier 2011, le portrait de Ben Ali trône encore dans les rues de Tunis agitées par les révoltes, mais le dictateur est déjà parti en exil après 23 ans au pouvoir. (photo d’archives)
Le 14 janvier 2011, le portrait de Ben Ali trône encore dans les rues de Tunis agitées par les révoltes, mais le dictateur est déjà parti en exil après 23 ans au pouvoir. (photo d’archives) © AFP / Fethi Belaid / AFP

Lorsqu’il était président de la Tunisie, Zine al-Abidine Ben Ali était surnommé « Monsieur 99% », le score qu’il recevait automatiquement à chaque élection. Il est mort en exil en Arabie saoudite trois jours après un premier tour de présidentielle dans son pays dont le moins qu’on puisse dire est que le résultat était totalement imprévisible.

Ces deux événements, à quelques jours d’intervalle, montrent le chemin parcouru par la Tunisie depuis bientôt neuf ans, depuis que la première des révolutions arabes de 2011 a renversé un régime qui semblait inamovible. 

Le nom de Ben Ali sera pour toujours associé à ces quelques semaines fiévreuses entre l’immolation de Mohammed Bouazizi à Sidi Bouzid, et la fuite à l’étranger du dictateur et de sa famille ; et à une complaisance française qui a duré jusqu’aux derniers jours, et dont nous n’avons sans doute pas réellement tiré les leçons.

Dans un pays saturé d’émotions, entre la mort du Président Beji Caïd Essebsi cet été, et des élections pleines de rebondissements, la disparition de cet homme déchu ne remuera pas les foules. Même s’il existe, dans le désenchantement postrévolutionnaire, des adeptes du « c’était mieux avant », et même une candidate à la Présidentielle qui s’en réclamait.

Ben Ali est resté 23 ans au pouvoir, mais il faut se souvenir que lorsqu’il a procédé en 1987 à un « coup d’état médical » contre Habib Bourguiba, le premier président, vieillissant et entouré d’une famille prédatrice, Ben Ali a été favorablement accueilli par les Tunisiens. Et ses débuts ont été prometteurs. Mais très vite, l’ancien ministre de l’intérieur a transformé la Tunisie en État policier, et le clan de sa femme est à son tour devenu prédateur.

Ca a duré 23 ans, et la Tunisie ne s’en est pas encore remise, même si elle a réussi à garder le cap de sa démocratisation quand toutes les autres révolutions de 2011 sont retombées dans des régimes autoritaires ou dans la guerre civile.

Le premier tour de l’élection présidentielle qui vient de se dérouler est à l’image de cette transition imparfaite. 26 candidats de tous bords, trois débats télévisés, et la grande inconnue des urnes : qui dit mieux dans le monde arabe ?

Le résultat est néanmoins surprenant, voire sidérant, chassant toute la classe politique postrévolutionnaire, islamistes compris. Le deuxième tour opposera deux outsiders : un juriste ultra-conservateur qui n’a pas réellement de parti, Kaïs Saïed, et un patron de chaine de télévision, Nabil Karoui, qui a la caractéristique d’être en prison, accusé de fraudes.

Ce « dégagisme », pour reprendre un mot apparu en 2011, est certes devenu banal, mais dans le cas de la Tunisie, la classe politique a été priée de dégager après un seul mandat ! 

Si on veut être positif, on y verra une preuve démocratique, même si c’est la stabilité du pays qui est en jeu. Les législatives du 6 octobre permettront d’y voir plus clair. On est loin, en tous cas, du monde de Ben Ali et de ses homologues toujours accrochés au pouvoir ailleurs…

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