Ce matin, direction le Venezuela pour une fuite rocambolesque : celle de l'ex-procureure général du pays...

Luisa Ortega Diaz
Luisa Ortega Diaz © Reuters / Ueslei Marcelino

Un véritable roman d'espionnage, cette fuite : Luisa Ortega a quitté vendredi incognito la capitale vénézuélienne, accompagnée de son mari et d'un juge anti-corruption pour la péninsule de Paraguaná au nord du pays.

Elle a ensuite pris un hors-bord direction Aruba, une île néerlandaise située au large des côtes vénézuéliennes. Puis tout le monde a embarqué dans un jet, direction Bogotá en Colombie où elle est arrivée dans la nuit. Elle a aussitôt demandé l'asile.

Qui est Luisa Ortega ? En résumé, elle est la bête noire du régime de Caracas. C'est une chaviste historique, mariée à un député chaviste… jusqu'aux manifestations de l'opposition.

Elle n'a pas supporté que les forces de l'ordre et les milices armées par le régime tirent sur des jeunes manifestants et les tuent par dizaines, dans les rues.

Et Maduro s'est vengé de sa défection...

La première décision de l'Assemblée constituante instituée par le régime a été de la destituer séance tenante !

Son évasion est donc une gifle monumentale pour Nicolás Maduro, avant tout parce qu'elle montre la porte de sortie à ceux qui voudraient suivre son exemple. En fait, la Colombie voisine a longtemps été réticente à accueillir les opposants chavistes.

D’abord parce qu'il y a des centaines de milliers de Colombiens qui vivent au Venezuela, ensuite parce que Caracas est un le premier partenaire économique de Bogotá, enfin parce que les guérilleros colombiens y étaient réfugiés.

Mais la Colombie a fait la paix avec ses guérillas et aujourd'hui ce sont les Vénézuéliens qui, par centaines de milliers, se réfugient en Colombie. De plus, Caracas n'est plus un client fiable : Bogotá peut donc se permettre d'être généreuse.

Le pays est ruiné parce que le prix du pétrole a été divisé par deux !

C'est vrai. Mais ce n'est pas toute l'histoire. Le pays est aussi ruiné parce que la production pétrolière du Venezuela a été divisée par deux, ou presque : de 3,5M barils en 1998 à moins de 2M par jour.

Or, cette chute est uniquement due à l'incurie du régime de Caracas qui a nationalisé, à raison, le pétrole.

De plus, en nationalisant les circuits de distribution alimentaire et en fixant par décret les prix, le régime de Caracas a ruiné l’agriculture et l’industrie locales. Résultat : le pays importe tout, ne produit plus rien et les pénuries sont gravissimes.

Enfin, une dernière chose : le prix du pétrole a toujours fluctué. C'est même parce qu'il était tombé autour de 25$ que Chávez s’est fait élire en 1999. Mais jamais la pauvreté n'avait atteint un tel niveau : plus d’un tiers de la population.

On dit beaucoup aussi que les Etats-Unis seraient derrière cette crise...

Derrière la crise, non. Les Vénézuéliens se débrouillent très bien tout seul. Ce qui est par contre certain, c'est que si le régime survit, c'est grâce aux Etats-Unis ! Les Américains sont le 1er client du pays : ils achètent 750 000 barils par jour !

Si au lieu de vitupérer contre Maduro - en lui donnant, du coup, de l'air – le président Trump fermait le robinet pétrolier, le régime tomberait en quelques semaines.

On pourrait presque parler, si l'on avait le goût du paradoxe, d'alliance objective entre Caracas et Washington...

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