Afflux de milliers de réfugiés aux frontières, hyperinflation destructrice, production de pétrole au plus bas : la descente aux enfers du pays le plus riche d'Amérique latine est un supplice... pour les Vénézuéliens et pour les pays voisins.

Des dizaines de milliers de Vénézuéliens ont franchi la frontière brésilienne au cours des trois dernières années, cherchant à échapper à la crise économique, politique et sociale qui sévit dans leur pays
Des dizaines de milliers de Vénézuéliens ont franchi la frontière brésilienne au cours des trois dernières années, cherchant à échapper à la crise économique, politique et sociale qui sévit dans leur pays © AFP / Mauro Pimentel

L'Equateur a décidé de fermer sa frontière aux Vénézuéliens sans passeports, incapable de gérer plus longtemps l'afflux de milliers de migrants quotidiens. Au seul poste de frontière de Rumichaca, qui lie le pays à la Colombie, 4 000 passages quotidiens.

L'Equateur, qui est un des pays les plus pauvres du sous-continent, a des dizaines de postes frontières de ce type. La Colombie en a accueilli plus d'un million et demi et le Brésil, des dizaines de milliers : 800 par jour dans le seul Etat nordiste de Roraima.

Dans la ville frontalière de Pacaraima, il a même fallu que le gouvernement brésilien dépêche des troupes pour calmer un début d'émeute anti-migrants ! En tout, et c'est une estimation conservatrice, l'ONU parle de deux millions et demi de départs depuis 2014.

Hyperinflation et sous-production prétrolière

Pour vous donnez une idée, imaginez 6 millions de Français exilés en 4 ans. Alors même, je le répète, que le Vénézuéla a toujours été le pays le plus riche d'Amérique du Sud, avec ses énormes réserves de pétrole, supérieures à celle de l'Arabie saoudite.

Que fuient-ils les Vénézuéliens ? Une crise économique et une hyperinflation de proportion zimbabwéenne. Lundi, le régime de Nicolás Maduro a d'autorité enlevé 5 zéros à la monnaie locale, le bolivar, après 3 zéros quelques années plus tôt :

C'est donc avouer d'emblée une inflation de 100 millions de % ! Rien qu'entre décembre en aujourd'hui, dans les cafés de Caracas, le prix du petit noir a été modifié une quarantaine de fois. Résultat : panique et méfiance chez les commerçants.

C'était effectivement le calcul des chavistes : faisons le gros dos, le pétrole finira bien par remonter et, avec lui, les belles années de pétrodollars faciles à distribuer par poignées. Encore faut-il en produire du pétrole !

En juillet, le pays n'a réussi à extraire qu'1,2 million de baril : à peine le niveau de production de 1947 ! Je sais ce qu'on va me dire : que c'est la faute des Etats-Unis, qu'un complot américano-impérialiste s'ourdit pour en finir avec l'expérience bolivarienne.

Si le gouvernement de Nicolás Maduro survit, c'est parce que les Etats-Unis lui achètent comptant plus de la moitié de sa production quotidienne ! Or les Etats-Unis, qui produisent 10 millions de barils par jour, peuvent parfaitement se passer de Caracas.

Le rôle ambigu des Etats-Unis

Oui, mais pas sur le pétrole et pour deux raisons : parce que les raffineurs américains du Golfe du Mexique ont besoin de ce pétrole et font pression et parce que les Etats-Unis n'ont pas envie de gérer la déconfiture dantesque d'un pays de 30 millions d'habitants.

L'idée à Washington est d'attendre : le pays est dans un tel état de déliquescence que la crise ne manquera pas de se régionaliser. C'est ce qui est en train de se passer : l'afflux des « réfugiés de la faim » vénézuéliens devrait obliger les pays voisins à intervenir.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.