Aujourd'hui à Berlin et demain à Paris : Boris Johnson entame une tournée européenne désagréable. Il est certain d'y être mal reçu et peu apprécié. Qu'à cela ne tienne : ses calculs sont britanniques, pas européens.

Boris Johnson, actuel Premier ministre du Royaume-Uni
Boris Johnson, actuel Premier ministre du Royaume-Uni © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS / POOL

Boris Johnson sera aujourd'hui à Berlin pour rencontrer Angela Merkel et demain à Paris pour voir Emmanuel Macron. Il a déjà trop attendu. Il est Premier ministre depuis le 24 juillet dernier et il lui a presque fallu un mois pour aller à la rencontre de ses principaux homologues européens.

Le contraste est saisissant avec Theresa May, qui sitôt installée au 10 Downing Street, s'était envolée pour Berlin. Le message est donc parfaitement clair : pour Boris Johnson, c'est Britain first ! L'Europe attendra. Mais il y a une autre raison à ce petit jeu : se rendre en Europe à quelques semaines de l'échéance du 31 octobre, c'est grosso modo ouvrir la boite à claques. Boris Johnson est à peu près certain de se faire rabrouer à Berlin et snober à Paris. Pourquoi prendrait-il les devants ?

Une lettre d'intention à Donald Tusk...  

Une lettre dans laquelle il expliquait tout le mal qu'il pensait du fameux « backstop » irlandais. Il demandait au président du conseil européen de l'abandonner purement et simplement, tout en sachant que c'est impossible.

Abandonner le « backstop », qui c'est vrai maintiendrait la Grande-Bretagne dans une Union douanière avec l'Union européenne le temps de négocier un accord définitif, signifierait pour Bruxelles abandonner l'Irlande en rase campagne.

Or d'une part, l'Union ne peut pas ainsi sacrifier un de ses membres les plus fidèles et les plus enthousiastes sans menacer l'ensemble de l'équilibre, pour les beaux yeux du Royaume-Uni. Quelquefois, faire de la politique c'est juste une question de principe.

L'Irlande, l'autre casse-tête londonien

Boris Johnson a soigneusement évité de se rendre à Dublin, pour s'épargner une autre boite à claques : à quoi bon rejouer la méfiance et la défiance entre Dublin et Londres, quand, de toutes façons, les jeux sont faits.

En fait,tous les calculs de Boris Johnson sont britanniques.L'idée c'est d'abord de remporter le « blame game » : à savoir, obliger les Européens à se fâcher avec Londres pour mieux les accuser d'intransigeance.

Puis de se rendre devant le Parlement de Westminster avec une seule option : le Brexit sans accord. Boris Johnson y tentera un double pari. 

D'une part, pense-t-il, la tentative des travaillistes de le renverser avec leur motion de censure échouera.

Il ne se trouvera pas assez de députés conservateurs pour se ranger du côté des travaillistes et des libéraux démocrates. Le jeu est trop dangereux lorsque tout le monde sait – ou suppose – que des élections législatives anticipées sont inévitables.

Aller au plus vite à l'élection...

Il pense que – dans ce cas - les Britanniques ne voteront ni pour le Labour, au moins aussi divisés que les Conservateurs sur le Brexit et dont le leader (Jeremy Corbyn est un repoussoir pour une grosse partie de l'électorat), ni pour le Brexit party.

Une chose est d'avoir placé le Brexit party en tête lors des Européennes ; une autre très différente est d'élire comme député de sa circonscription un de ces clowns tristes du Brexit Party ! Boris Johnson pense que dans cette configuration, il a toutes ses chances.

Les Britanniques veulent en finir avec le Brexit et Boris Johnson n'est pas impopulaire. Et si cela signifie passer un mauvais quart-d'heure à Berlin et à Paris, eh bien « fermons les yeux et pensons à la Grande-Bretagne », comme disait la reine Victoria dans un autre contexte, il est vrai.

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