Voulue par l'ex-président Bouteflika, la Grande mosquée d'Alger sera bientôt inaugurée. Les Algériens en ont fait le symbole de l'incurie du régime et de la mégalomanie de son président déchu.

Photographie de la Grande mosquée d'Alger
Photographie de la Grande mosquée d'Alger © AFP / Billal Bensalem / NurPhoto / NurPhoto

Si l'on voulait résumer l'histoire récente de l'Algérie, la Grande mosquée d'Alger - ses proportions gargantuesques, son coût astronomique, son architecture à la fois massive et délirante – en serait la parfaite illustration. Presque un conte moral en pleine baie d'Alger.

D'abord, les faits : le président Tebboune a annoncé hier que cette mosquée qui a coûté 2 milliards d'euros – ce qui est énorme pour un pays dont le PIB est la moitié de celui du Portugal pour une population 4 fois plus importante – sera inauguré le 1er novembre prochain.

J'allais dire finalement inauguré. Parce que cette mosquée est en fait achevée depuis avril 2019. À l'époque, Abdelaziz Bouteflika était candidat à un cinquième mandat. Le mouvement de protestation massif, dit Hirak, en était lui à son 3e mois.

Retard, polémiques et dépassement budgétaire

D'autant que ce gigantesque édifice en est venu à symboliser toutes les dérives du régime Bouteflika. D'abord, l'incurie du régime : elle a coûté deux fois plus que son budget initial. Mais ça, à la limite, les Algériens y sont tristement habitués.

De la même façon qu'ils sont habitués aux sempiternels retards que ce genre d'éléphant blanc suscitent immanquablement. Pour la Grande mosquée d'Alger, c'est plus de 5 ans de retard. Le tout émaillé de polémiques et de promesses non tenues.

Et c'est une autre histoire typiquement algérienne : les cabinets d'études allemands du début, trop tatillons, ont été virés. Des ingénieurs turcs moins regardants les ont remplacés et enfin, la construction elle-même a été confiée à la Chine.

Un édifice soumis aux séismes

Il y a aussi l'emplacement, sur la baie d'Alger. Mais même ça, pose problème. Le terrain est marécageux, donc instable et surtout il est coincé entre la mer et une unique voie d'accès qui dessert à la fois la Grande mosquée et l'aéroport international.

Je vous laisse imaginer les embouteillages monstres à venir lorsque les 120 000 fidèles que cette mosquée promet d'accueillir, voudront y accéder ou en sortir. Enfin, Alger est connue pour ses tremblements de terre réguliers et parfois violents.

Or, si les ingénieurs assurent que la mosquée elle-même peut tenir, on ne sait pas grand-chose de la résistance aux secousses du minaret de 265 mètres qui la flanque, ni de la fine coupole de 50 mètres de diamètre culminant à 70m de haut !

Mon minaret algérien est plus grand que ton minaret marocain

Pour une raison elle aussi très algérienne. Jusqu'à l'achèvement du minaret de la Grande Mosquée d'Alger et ses 265m, le minaret le plus haut du monde était celui – je vous le donne en mille – de la Grande mosquée Hassan II de Casablanca et ses 210m.

Mais ça s'arrête pas là. À votre avis, quelle est la capacité de la mosquée Hassan II de Casa ? 100 000 fidèles ! Autrement dit, avec ses 120 000 fidèles, celle d'Alger la bat encore. Enfoncés les voisins marocains ! Et croyez-moi, ce n'est pas un hasard !

Enfin, le président Bouteflika voulait avec cette Grande mosquée laisser sa marque sur la capitale. Et c'est une dernière histoire algérienne : il est aujourd'hui honni, malade, reclus, les siens sont en prison et c'est un autre président qui inaugure son grand-œuvre.

Dernière chose : la principale critique est le coût pharamineux de cet ouvrage. Pour l'évaluer, on disait en Algérie que cette a coûté au pays l'équivalent de 4 hôpitaux entièrement équipé. Or, en cette période de résurgence violente à Alger de la Covid-19, de quoi l'Algérie a-t-elle le plus besoin ? De prier ou de soigner ?

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