Pour les Etats-Unis, le problème n’est pas militaire. Même si la Thaïlande décidait maintenant, comme elle l’a laissé entendre hier, de suivre les exemples espagnol et hondurien, même si elle retirait d’Irak ses 451 soldats comme l’Espagne va en rappeler 1432 et le Honduras 368, la situation sur le terrain n’en serait pas, ou presque pas, changée. Le problème, avec ces retraits, est politique et cela pour deux raisons. La première est qu’ils pourraient rapidement devenir contagieux, faire boule de neige parmi les trente-trois pays qui ont fourni des hommes à la coalition américano-britannique. Par le précédent qu’elle a crée, l’Espagne invite les opposant à cette guerre à se mobiliser dans ces pays, à faire pression sur leurs gouvernements respectifs, et ce danger est si réel, les interrogations se font si clairement entendre dans plusieurs des capitales concernées, que le chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, a passé la journée de mardi pendu au téléphone avec les dirigeants des 33 pour leur faire réitérer leur engagement et pouvoir en faire état. La brèche, à l’entendre, serait colmatée mais elle ne le sera vraiment que si les Etats-Unis parviennent à ramener le calme en Irak et que tous ces petits contingents n’ont pas le sentiment d’être entraînés dans une vraie guerre alors qu’ils étaient venu participer, sous les acclamations pensaient-ils, à la reconstruction d’une nation censée leur en être reconnaissante. Quoi qu’on en dise à Washington, on frise le sauve-qui-peut dans la coalition mais, au-delà même de cela, c’est toute la nouvelle stratégie des Etats-Unis, développée par Georges Bush, qui est aujourd’hui mise en question. Dans la conception de ce Président, ce ne sont plus les Nations-Unies, le Parlement du monde, qui sont en charge de la stabilité internationales mais les Etats-Unis seuls, avec ou sans le soutien de l’Onu. Il s’agit là d’une rupture avec le système de sécurité collective mis en place après la Seconde Guerre mondiale, vite paralysé par la Guerre froide mais ressuscité, au début de la dernière décennie, sous le label, américain, de « nouvel ordre international ». Dans le cadre de la sécurité collective, les pays participant à une opération de rétablissement ou de maintien de la paix le faisaient au nom d’une légalité internationale qui les obligeait à respecter leurs engagements. Ils étaient alors liés par des résolutions de l’Onu, comme on l’est par une loi nationale, et ne pouvaient tourner casaque au premier vent contraire. Dans le système défini par Georges Bush, les opérations décidées par les Etats-Unis réunissent, au contraire, des coalitions de volontaires que ne lient que des accords bilatéraux avec Washington qu’ils peuvent rompre sans en rien déroger à une sécurité collective à laquelle ils ont adhéré. Ce qu’un gouvernement espagnol a fait, un autre peut ainsi le défaire, tout comme le même gouvernement, hondurien ou thaïlandais, peut, d’un jour à l’autre, changer d’avis en fonction d’évolutions intérieures, espagnoles ou internationales. Tout repose, alors, sur l’autorité et la crédibilité des seuls Etats-Unis, aujourd’hui mises à mal en Irak.

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