Même le nom de ce pays, le Népal, où la police tirait, hier, dans la foule est presque inconnu. De ce royaume himalayen de vingt millions d’habitants, totalement enclavé entre l’Inde et la Chine, on connaît surtout Katmandou, sa capitale, point de ralliement international des hippies des années soixante qui, venus y fuir le XX° siècle, l’amenèrent avec eux. Le Népal sortait alors à peine d’une longue léthargie que même la colonisation britannique du sous-continent indien n’avait pas ébranlée. Face à cet empire arrivé jusqu’à leurs cols, les Népalais avaient su trouver un compromis. Il lui fournissaient des mercenaires rendus célèbres par Hollywood, les Gurkha, et les Britanniques, en échange, s’abstinrent de les envahir, s’épargnant de difficiles combats entre pics et vallées. De droit divin, la monarchie népalaise aurait sans doute pu continuer longtemps à régner hors du temps si l’Inde n’avait pas acquis son indépendance. La dynastie des Shah dut, dès lors, composer avec la contagion de la pus grande démocratie du monde, tempérer un absolutisme auquel elle ne parvint jamais à renoncer vraiment et la révolution qui, aujourd’hui, gronde au Népal est directement issue de l’improbable croisement entre la transhumance hippie et la démocratie indienne. En 1951, le souverain de l’époque appelle aux commandes le parti du Congrès népalais, rameau du Congrès indien. Huit ans plus tard, il octroie une Constitution instaurant une monarchie parlementaire mais il ne se passe que quatre ans avant que son successeur ne l’efface. On est en 1962. L’esprit des années soixante souffle sur ce royaume qui tente d’en revenir au XIX° et, en 1990, un premier soulèvement populaire impose des élections. A l’ombre du Palais, une démocratie est restaurée mais elle si chaotique et si peu soucieuse des plus pauvres qu’une petite scission maoïste de l’opposition communiste prend les armes, il y a exactement dix ans. Une attaque de banque succédant aux attaques de commissariats ruraux, cette guérilla se développe si bien dans les campagnes, par la terreur et la redistribution des terres, qu’elle contrôle aujourd’hui la moitié du pays et, depuis plusieurs années déjà, prélève l’impôt révolutionnaire jusque dans la capitale. Maoïstes à l’heure où la Chine découvre le capitalisme, ces guérilleros sont aussi anachroniques que la monarchie mais le Népal n’a encore rien vu. Il y a cinq ans le prince héritier assassine avant de se suicider père, mère et frères, toute la famille royale à l’exception de son oncle, richissime homme d’affaires qui, étrangement, échappe au massacre avec son fils. Soupçonné d’avoir organisé cette tuerie, c’est cet homme qui règne aujourd’hui après s’être arrogé les pleins pouvoirs et avoir dressé contre lui le pays entier en unissant les maoïstes aux fonctionnaires et aux classes moyennes. Après quatre mois de troubles, il a fait tirer, hier dans la foule mais l’Inde vient de lui signifier qu’il devait composer. Que va devenir le Népal ? Le roi tiendra-t-il ? Les maoïstes déposeraient-ils les armes après son abdication ? La certitude est qu’il ne sera pas facile de rattraper tant de siècles en une révolution.

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