Il y a encore quatre mois jusqu’à Denver, la ville qui accueillera, fin août, la convention démocrate. D’ici là, tous les retournements sont possibles mais, pour l’heure, Hillary Clinton ne rattrape pas son retard sur Barack Obama. Même en Pennsylvanie où les primaires reprennent demain et où les sondages lui avaient longtemps accordé plus de dix points d’avance, son avantage ne serait plus qu’à un chiffre, sept à huit points au maximum, quatre à cinq disent certains instituts. Elle devrait toujours l’emporter, demain, dans cet Etat ravagé par les fermetures d’usine mais sa victoire ne devrait pas y être assez éclatante pour la remettre en selle et, moins encore, la faire repasser en tête pour le nombre de délégués, le total des suffrages recueillis et la crédibilité de sa candidature. Celui qui a le vent en poupe, c’est Barack Obama et même si les primaires s’achèvent, le 3 juin, dans le Montana et le Dakota du Sud, sans qu’aucun des deux n’ait obtenu assez de délégués pour s’assurer de l’investiture, même dans ce scénario très plausible, les super-délégués, élus et permanents du parti démocrate, devraient alors pencher pour le sénateur de l’Illinois afin de ne pas sembler contrer le choix des électeurs par une manœuvre d’appareil. Quatre mois, c’est long mais, aujourd’hui, Barack Obama tient la corde. Son premier atout reste la nouveauté. L’élection d’une femme serait une première dans l’Histoire des Etats-Unis mais Hillary Clinton a passé huit ans à la Maison-Blanche, comme Première dame, et ce qui aurait pu lui être reconnu comme une expérience des affaires publiques, du pouvoir et des rouages de Washington est plutôt perçu, maintenant, comme du déjà vu alors que l’Amérique, en plein bourbier irakien, en pleine crise économique, a envie d’écrire une nouvelle page. Les Américains ont envie d’une rupture et personne ne pourrait mieux l'incarner que ce quadragénaire au sourire ravageur, si kennedien et, de surcroît, métis. Loin d’être un handicap, la couleur de sa peau est un avantage pour Barack Obama parce qu’elle garantit aux électeurs qu’une autre ère s’ouvrirait avec lui, que l’Amérique a envie de se montrer à elle-même qu’elle aurait dépassé les temps du racisme et que beaucoup d’électeurs aussi, démocrates, indépendants ou, même, républicains, considèrent que leur pays a besoin d'un Président noir pour refaire son image internationale en montrant au monde qu’il reste le pays de tous les possibles. Troisième avantage, Barack Obama passe pour plus modéré qu’Hillary Clinton car, contrairement à elle, il n’est pas un enfant des sixties, de ces années contestataires qui continuent de révulser une moitié des Etats-Unis. Il serait donc plus susceptible qu’elle de battre John McCain, si l'élection avait lieu cette semaine, et puis il y a, chez lui, une force, une tranquillité, un art de se sortir des moments les plus délicats non pas par les artifices de la communication mais en parlant à l’intelligence des citoyens. Non seulement il fait Président mais il réconcilie aussi, surtout, avec la politique.

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