Il s’est démenti lui-même, disant le contraire de ce qu’il disait auparavant. Auparavant, le président iranien proclamait haut et fort qu’il n’y avait jamais eu de génocide des Juifs pendant la Deuxième guerre mondiale et recevait, à Téhéran, la poignée de négationnistes qui s’obstinent à dire que ce qui fut n’a pas été. Hier, à Genève, devant la conférence sur le racisme organisé par les Nations Unies, changement de ton. Hier, c’est le Conseil de sécurité de l’Onu que vise Mahmoud Ahmadinejad, le droit de veto dont y disposent les cinq grandes puissances qui en sont membres permanents, l’injustice que cela représenterait vis-à-vis des autres pays du monde et la preuve qu’il en donne est la création d’Israël ou, plutôt, la vision qu’il en a. Ecoutons-le. « Après la Deuxième guerre mondiale, dit-il, prenant prétexte du fait que les Juifs avaient été sacrifiés et abusant de l’Holocauste, ils ont chassé une nation par l’agression et l’expédition militaires [il s’agit, là, dans sa bouche, de membres du Conseil de sécurité], amené une série de gens de l’Europe, de l’Amérique et d’autres pays et installé un gouvernement totalement raciste » etc. Quand on « prend prétexte » d’un fait, c’est qu’il est avéré. Quand on « abuse », de l’Holocauste - mot qu'il a bel et bien employé - c’est qu’il a bien eu lieu. Hier, à Genève, non seulement Mahmoud Ahmadinejad a brandi, à l’appui de son réquisitoire contre les puissances occidentales, une réalité qu’il qualifiait, avant, de mythe, non seulement il a attribué au Conseil de sécurité la création de l’Etat israélien alors qu’elle a été votée par l’Assemblée générale de l’Onu, par une majorité de l’ensemble de ses membres, mais il a purement et simplement inventé des « expéditions militaires » qu’aucun membre du Conseil de sécurité n’a jamais organisées pour créer Israël. A ce niveau de délire atteint en quelques lignes, deux remarques s’imposent. La première est que, tout président, qu’il soit, on fait trop d’honneur à Mahmoud Ahmadinejad en lui prêtant tant d’attention. La seconde est que l’important n’est pas ce qu’il dit mais la raison pour laquelle il le dit. Pour pouvoir se succéder à lui-même, le président iranien doit battre, début juin, deux candidats très menaçants, un réformateur et un conservateur modéré. Pour l’heure, les sondages les donnent tous trois à égalité et cela signifie que Mahmoud Ahmadinejad doit resserrer les rangs des ultras autour de lui pour que leurs organisations le soutiennent à fond et qu’il puisse faire le plein des voix de son camp. C’est à ces organisations, les milices du régime, qu’il s’adressait hier. Voyez mon courage, leur disait-il. Voyez ce que je leur mets mais, comme il ne pouvait pas refaire le coup du « mythe de l’Holocauste », d’un négationnisme qui lui avait valu un démenti du plus proche conseiller du Guide suprême, du chef religieux du régime, il a pris pour thème le conseil de sécurit, thème payant et fort puisque chacun reconnaît, ses membres eux-mêmes, qu’il devrait s’élargir au plus vite. Va donc pour le Conseil mais pimenté, c’est meilleur, du « racisme » prêté à Israël. Triste moment.

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