Là, ce n’est que logique. Logiquement, eurosceptiques et europhiles devraient s’accorder à considérer que le ciel européen ne peut pas rester découpé en 27 cieux nationaux, qu’il doit être unique, comme le marché et la monnaie le sont, et régi par une seule et même autorité européenne. Logiquement, ce devrait être fait depuis longtemps mais un nuage venu d’Islande vient de rappeler que l’Union européenne restait une désunion céleste, composée de 27 espaces aériens, ouverts ou fermés par 27 Etats, sans parler de leurs différentes autorités. Résultat, il a fallu quatre jours pour organiser, hier, par vidéoconférence, une concertation des 27 ministres des transports et cette Union européenne qui a un Parlement, un président, une Commission, tant de traités et d’institutions communes, n’a pas été plus à même de diriger les passagers en rade vers les aéroports qui avaient pu rester ouverts que d’organiser des transports de substitution et de dégager, surtout, entre des vents qui inquiétaient à juste titre, des couloirs européens qui auraient permis de désengorger les aéroports nationaux et de rapprocher ces naufragés de l’air de leur destination finale. Béante, cette faille est une leçon de choses sur la construction européenne. Après guerre, ce processus avait été entrepris à la fois pour faire face à l’URSS et enterrer les conflits entre les nations du continent en les liant par des objectifs et des intérêts communs. On l’a poursuivi, après la Guerre froide, pour affirmer l’Europe, ses valeurs, sa culture et son économie, dans un monde dont les rapports de force s’articulent toujours plus entre des puissances de taille continentale. La mondialisation du marché et l’internationalisation des défis, technologiques, environnementaux et économiques, commandent de ne pas reculer parce que seule une puissance publique de taille continentale peut faire poids face à un marché mondialisé et que les Etats nations n’ont pas la taille suffisante pour répondre, en ordre dispersé, aux questions de l’heure. On le voit bien dans cette crise qui n’est pourtant pas la plus redoutable du siècle, mais abandonner le contrôle de son espace aérien, fût-ce volontairement et au profit d’une autorité commune, c’est abandonner le contrôle de sa sécurité, prérogative nationale s’il en est. Un projet de ciel unique existe, mais toujours dans les tiroirs parce que les Etats membres n’étaient pas pressés de franchir ce pas et qu’il y faudra l’unanimité des 27, donc, de longs marchandages dont la seule perspective a freiné les enthousiasmes. Nul doute que les choses bougeront maintenant mais si l’on ne veut pas que l’Union reste incompréhensible, tantôt faite, tantôt inexistante, trop pesante ici, totalement absente ailleurs, un machin dont les citoyens se détournent toujours plus car personne ne peut plus s’y retrouver, il faudra bien finir par y mettre une logique. Il faudra bien finir par admettre que l’unification de l’Europe ne peut progresser que si ses citoyens et ses gouvernements admettent que son but ultime est la naissance d’une Europe fédérale, d’Etats-Unis d’Europe dont le gouvernement serait aussi unique que le ciel devrait l’être.

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