Le 8 mai 1945, la France célébrait la victoire alliée. Ce même jour, à Sétif, dans l’Est de l’Algérie alors française, des nationalistes algériens osaient descendre dans la rue pour demander l’indépendance et la répression de ces manifestations fut sauvage. Plusieurs dizaines de milliers d’Algériens furent aussitôt tués tandis qu’une centaine de pieds-noirs l’étaient par des Algériens. Ce fut la première bataille de la guerre d’Algérie, d’un atroce conflit qui a longtemps pesé sur les relations entre la France et l’Algérie mais, dimanche, le secrétaire d’Etat français aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini, est allé déposer une gerbe, à Sétif, devant le monument à la première victime de cette guerre aussi vaine qu’abominable. C’eut été inconcevable il y a encore peu mais ce n’est pas seulement le temps qui a rendu ce geste possible et si naturel. Il s’est écoulé plus d’un demi-siècle depuis l’indépendance algérienne mais si les relations entre la France et l’Algérie n’auront jamais été aussi bonnes et confiantes qu’aujourd’hui, c’est avant tout que les deux pays partagent désormais les mêmes craintes. Les jihadistes investissent toujours plus la Libye, Etat failli, divisé, éclaté dont ils voudraient faire un bunker d’où se projeter vers la Tunisie, l’Algérie et l’Afrique sahélienne. Cette Afrique subsaharienne est depuis longtemps en butte aux incursions des mêmes jihadistes qui voudraient profiter de ses fragilités pour s’y implanter et, sur ces fronts, la France et l’Algérie agissent main dans la main, dans une complète coopération diplomatique et militaire.

Bien loin des souvenirs de la Françafrique, c’est une FrançAlgérie qui s’affirme là, une alliance stratégique entre deux pays qui ont une langue et une histoire en partage, deux pays que rapprochent aussi leurs difficultés en leur interdisant toute arrogance. . Chômage élevé et faible croissance, la France est essoufflée mais, pour l’Algérie, c’est bien pire encore. L’Algérie ne sait plus où elle va parce que les militaires qui en tiennent les commandes depuis l’indépendance se font vieux, qu’Abdelaziz Bouteflika, le président qu’ils avaient mis en selle en 1999, il y a seize ans déjà, a été sévèrement diminué par un AVC et ne gouverne plus que par intermittence et que ce pays s’enfonce dans la sclérose et l’immobilisme. Les sommets du pouvoir sont corrompus mais tout le monde l’est en fait, de l’agent de la circulation à l’ensemble de la population dont on achète la résignation à coups de subventions et d’augmentations de salaire à la moindre grève. La rente pétrolière a longtemps permis cela mais, avec la baisse du prix du baril, cette politique devient simplement folle. Rien ne va plus en Algérie mais le fait est, en même temps, que ce pays est déjà passé par tous les chaos - révolte populaire, moment islamiste et bain de sang - qui déchirent aujourd’hui le reste du monde arabe et que, ces étapes franchies, l’Algérie pourrait, peut-être, un jour, bientôt, marcher vers un renouveau. On ne sait mais a certitude est que la France et l’Algérie sont aujourd’hui plus proches qu’elles ne l’ont jamais été.

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