Où l'on voit que les favoris de la prédientielle française ne sont pas encore au point sur l'international

Elles auront occupé peu de place dans les débats de cette campagne. C’était comme si l’Europe et les relations internationales étaient secondaires mais elles sont en fait tellement incontournables que c’est elles, à la veille du premier tour, qui viennent handicaper ou, du moins, interroger les quatre favoris.

C’est si vrai que si la course en tête de Mme Le Pen parait aujourd’hui marquer le pas, c’est largement en raison de ses fervents appels à sortir de l’Europe et de l’euro. Elle croyait ainsi chevaucher le rejet de « Bruxelles » par une partie de l’opinion mais elle avait oublié que nombre de ses électeurs potentiels, retraités, petits entrepreneurs ou catholiques conservateurs, ne veulent ni d’un « Frexit » ni d’un retour au franc car ils n’aiment pas l’aventure.

Mme Le Pen a dû finir par mettre ce thème en sourdine mais, entre-temps, Donald Trump, Vladimir Poutine et Bachar al-Assad ne l’avaient pas non plus aidée. Ce président américain dont elle avait tant salué l’élection l’a mise dans l’embarras en faisant bombarder une base de l’homme, Bachar al-Assad, dont elle n’avait cessé de dire qu’il était un indispensable rempart contre Daesh.

L’audience que Vladimir Poutine lui a accordée ne l’a pas non plus servie car le président russe n’a vraiment bonne presse que dans la frange idéologique de l’extrême droite et le nouveau bombardement chimique auquel a procédé Bachar al-Assad n’a rien arrangé pour elle car cette abomination n’a pas rehaussé l’image du boucher dont elle défend le régime depuis si longtemps.

François Fillon, maintenant. Pas autant que ses ennuis judiciaires mais tout de même, ses plaidoyers en faveur d’une alliance avec les présidents russe et syrien font débat, jusque dans son camp, en raison du recours aux armes chimiques par le régime de Damas et de la manière dont le président russe s’est opposé à sa condamnation par le Conseil de sécurité.

Reste Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

On ne parvient pas à comprendre qu’avec une telle maîtrise de son Verbe, le candidat de la France insoumise ait pu proposer d’allier la France à Cuba et au Venezuela. Cela trouble et, quant à Emmanuel Macron, notre invité de ce matin, il reste aussi ambigu sur la Syrie qu’il est entier sur la nécessité de l’unité européenne, de cette ambition qu’il fait ovationner dans ses meetings.

Laissant comprendre que les crimes de Bachar al-Assad seraient moins dangereux pour le monde que ceux des djihadistes, ce qui n’est pas le cas, malgré les attentats, Emmanuel Macron a longtemps dit que sa « priorité » était Daesh. Il semble avoir abandonné cette formulation mais, hier encore, il insistait sur le danger qu’il y aurait à faire de la Syrie un Etat failli alors même qu’elle l’est devenue depuis longtemps, qu’elle est même le plus failli des Etats.

Entre les lignes, on croit entendre à nouveau que Bachar al-Assad serait un élément de la solution à cette crise alors qu’il en est, depuis six ans, la cause principale. Sur la Syrie, Emmanuel Macron reste difficile à lire mais peut-être, sans doute, va-t-il clarifier maintenant son analyse.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.