Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est montré pessimiste sur le « monde d’après », en raison des rivalités de puissances. Il en appelle à l’Europe pour un hypothétique leadership.

Le Conseil de sécurité de l’ONU est le grand absent de la crise sanitaire et économique majeure que nous vivons, en raison des divisions des puissances.
Le Conseil de sécurité de l’ONU est le grand absent de la crise sanitaire et économique majeure que nous vivons, en raison des divisions des puissances. © AFP / Johannes EISELE / AFP

Le Ministre des Affaires étrangères n’est pas connu pour ses « petites phrases » : Jean-Yves Le Drian vient pourtant d’en lâcher une qui jette un froid. « Ma crainte, c’est que le monde d’après le coronavirus ressemble à celui d’avant, en pire », a-t-il déclaré dans une interview à nos confrères du « Monde ».

Voilà un discours hyperréaliste qui vient doucher les espoirs de nombreux citoyens confinés de la planète de réinventer un monde meilleur à la faveur de cette crise sanitaire et économique. 

L’analyse de Jean-Yves Le Drian s’appuie sur un constat imparable : « la pandémie, ajoute-t-il en paraphrasant le théoricien de la guerre Clausewitz, est la continuation, par d’autres moyens, de la lutte entre puissances ». En d’autres termes, la crise sanitaire exacerbe les rivalités nationales, les concurrences de système, ou les antagonismes idéologiques ou religieux qui étaient bien présents avant.

C’est vrai entre les deux géants du XXI° siècle, la Chine et les États-Unis - nous en parlions hier ; mais c’est aussi le cas dans toutes les autres lignes de fracture de notre planète. Il suffit d’observer la guerre qui se déroule de l’autre côté de la Méditerranée, en Libye, pour comprendre que, pendant la pandémie, le combat continue, avec la même intensité et les mêmes ingérences.

Pour comprendre la frustration que laisse paraître le chef de la diplomatie française, il suffit d’observer ce qui se passe, ou plutôt ce qui ne se passe pas, au Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce sont les divisions d’avant le coronavirus qui paralysent cette instance dont la mission est justement de gérer les crises. La France, avec d’autres, pousse depuis des semaines à une action du Conseil de Sécurité à deux niveaux.

D’abord une résolution pour appuyer l’appel du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guetteres, à un cessez-le-feu dans tous les conflits de l’heure. Mais les obstacles sont venus des États-Unis et de la Russie, qui ne veulent pas d’entraves à leur liberté d’action, en Syrie ou en Irak…

Paris pousse aussi pour que les cinq dirigeants des membres permanents du Conseil de Sécurité -Chine, États-Unis, France, Royaume Uni et Russie- se retrouvent par visioconférence pour un geste d’unité du monde face à la pandémie. Là encore, pas si simple… Ce sont cette fois les Chinois et les Américains qui posent leurs conditions, tant leurs relations se sont dégradées pendant cette pandémie. Le sommet se tiendra peut-être, mais sa symbolique s’affaiblit à chaque jour de retard.

Ce climat délétère entre puissances pèse sur la capacité du monde à affronter en commun une crise d’ampleur extraordinaire. C’est là, aussi, que les hésitations européennes prennent tout leur sens. Jean-Yves Le Drian espère dans l’interview que l’Europe « exerce sa souveraineté » et -ce sont ses mots- « se trouve un destin de leadership ».

Ces exhortations contrastent avec les tergiversations de la zone euro autour de la mise en commun de la dette à venir. Les dirigeants des 27 se retrouvent jeudi en visioconférence : ils tiennent entre leurs mains la possibilité que l’avenir ne soit pas « la même chose qu’avant, en pire ».

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.