Le dégel est rapide. Moins de deux semaines après avoir tellement haussé le ton, en pleine crise ukrainienne, contre l’Union européenne, Vladimir Poutine lui retend, et très chaleureusement, la main. Arrivé, hier, en Allemagne, dans le cadre des consultations régulières entre Moscou et Berlin, le Président russe s’y est aussitôt déclaré prêt à un dialogue avec les Européens non seulement sur l’Ukraine mais aussi la Tchétchénie. « Nous avons reçu des propositions pour une plus grande implication de l’Allemagne et de l’Union dans la résolution du problème tchétchène », a-t-il dit devant le chancelier allemand avant d’ajouter : « Ces propositions sont minutieusement analysées et je suis tout à fait disposé à en discuter avec vous ». Cette ouverture est d’autant plus marquante que Vladimir Poutine avait déjà déclaré, la semaine dernière, qu’il n’aurait pas d’objections à une éventuelle entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne et qu’il a répété à Gerhard Schröder que la Russie respecterait le résultat de la nouvelle élection présidentielle ukrainienne de dimanche prochain. C’est ainsi plus qu’un tête-à-queue que la Russie opère là. Ce n’est pas seulement que les invectives d’il y a quinze jours sont oubliées. C’est aussi que le Kremlin paraît avoir finalement décidé de rebondir sur son revers ukrainien pour approfondir, au contraire, ses relations avec l’Union. Sur quelles bases ? Dans quelles conditions ? A quel prix ? Tout cela reste à voir mais la certitude est que, si ces dispositions se confirmaient, elles seraient, à tout point de vue, salutaires. Elles permettraient à Vladimir Poutine de ne pas totalement s’enferrer dans la régression autoritaire vers laquelle il entraîne la Russie. En relançant une véritable tentative de dialogue de long terme, économique et politique, avec l’Union européenne, la Russie trouverait une autre perspective d’avenir que le repli sur ses frontières et l’isolement international. La Russie ferait, en un mot, un choix conforme à ses intérêts, à son développement et à une ambition diplomatique d’entente avec l’Europe qu’elle poursuit par à-coups depuis plus deux siècles et, particulièrement, depuis la détente. Quant à l’Union, la négociation d’un partenariat global avec la Russie lui permettrait d’organiser avec elle la stabilité du continent et d’envisager, surtout, des relations économiques aussi stables que fructueuses avec un pays riche en matières premières, dont elle a besoin pour ses approvisionnements énergétiques et qui a besoin, lui, de ses investissements et de sa technologie. En est-on là ? Non. On n’y est pas. Il faut voir, explorer, tester d’abord la solidité de ces ouvertures mais il est rassurant que Vladimir Poutine ait si vite réalisé que la colère était mauvaise conseillère, qu’il se serve, pour amorcer ce virage, de l’Allemagne qui peut être son meilleur messager auprès de l’Union et qu’il ait, enfin, choisi ce moment pour annoncer que la Russie voulait rembourser, d’ici à 2009, 30 milliards d’euros à ses créanciers occidentaux. Important et à suivre.

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