Il n’avait tout simplement rien à dire. Redevenu président au printemps dernier après n’avoir cessé de l’être qu’en titre, Vladimir Poutine tenait hier sa première conférence de presse depuis sa réélection et la seule chose qu’il y ait à en retenir et qu’il est prêt à offrir un passeport ou un permis de résidence à « Gérard » - Gérard Depardieu bien sûr.

Pour le reste… Ah oui, il eut beau jeu d’opposer Guantanamo aux critiques américaines sur la situation des droits de l’homme dans son pays. Il eut plus que raison de dénoncer cet héritage de Georges Bush qui est effectivement un scandale absolu même si l’on ne voit pas bien en quoi Guantanamo excuserait les arrestations d’opposants russes, leurs condamnations à de lourdes peines pour délits d’opinion et l’adoption de lois liberticides et si vaguement formulées qu’elles pourraient permettre tous les abus imaginables.

Quoi d’autre ? Oui : ses filles vont bien et il est fier d’elles, ce dont chacun se réjouira. Quoi d’autre encore ? Ah oui : un rappel de cette différence si chère à Vladimir Poutine entre la démocratie et l’anarchie qu’il a étonnamment mise dans le même sac que le trotskysme. Et puis, oui, si, bien sûr, un fait politique capital, important en tout cas, une chose qu’il n’a pas dite mais qui transpirait de chaque instant de cette conférence de presse : le président russe est content de lui, satisfait de sa politique, de la rudesse avec laquelle il sait répondre aux questions et plus encore, à l’évidence, de sa propre personne.

Hier, devant les caméras, Vladimir Poutine se ravissait lui-même mais on ne pouvait pas ne pas se demander s’il y avait vraiment de quoi car, enfin, où veut-il mener la Russie ?

Durant ses deux premiers mandats, le premier au moins, cet ancien espion de troisième rang avait su se faire aimer des Russes, vraiment aimer, en leur disant qu’il ne permettrait plus que leur pays perde un pouce de territoire supplémentaire, qu’il ne serait plus aligné sur la diplomatie américaine comme du temps de Boris Eltsine et que, contrairement à son prédécesseur, dont il avait été proche collaborateur, il ne laisserait plus l’élite dirigeante se partager les richesses nationales en les attribuant, sous couvert de privatisation et moyennant commission, à des voleurs devenus multimilliardaires en une poignée d’années.

Il était vite apparu qu’en fait de « dictature de la loi », de nouveaux voleurs avaient pris la place des anciens moyennant de nouvelles commissions dont les Russes avaient rapidement compris à qui elles étaient destinées mais, quoi qu’il en soit, Vladimir Poutine avait un temps incarné quelque chose que son pays espérait. Ce n’était pas rien. Aussi fausse qu’elle ait été, c’était une sorte de dignité retrouvée mais aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les classes moyennes urbaines sont passées à l’opposition. La popularité de ce président ne cesse de décroître dans tous les milieux et son seul objectif est de durer sans proposer quoi que ce soit à la Russie qui s’enfonce lentement dans une stagnation économique, politique et diplomatique. Comme sous Léonid Brejnev, le temps s’est arrêté à Moscou et cet encore jeune président n’a qu’une obsession – celle de survivre à sa propre vacuité.

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