Ce matin, retour sur les élections en Espagne en les comparant avec les élections régionales en France... Avec en tête l'idée que, pour une fois, comparaison EST raison.

Après tout, l'Espagne est une grand pays voisin, avec non pas une dizaine de millions d'électeurs comme la Grèce ou le Portugal mais des dizaines de millions comme nous. De plus, comme la France, l'Espagne est en crise. J'allais dire, l'Espagne est, elle, vraiment en crise. Tous ceux qui connaissent l'Espagne savent combien la Grande Récession de 2008 a profondément affecté le pays. Un seul chiffre : 21% de chômage.La question est donc la suivante : la crise, c'est eux qui l'ont, l'extrême-droite, c'est nous qui l'avons. Comment expliquer qu'un grand pays voisin qui a été ravagé par la corruption de ses élites et le chômage, n'ait pas voté à l'extrême droite hier ?Je sais ce qu'on a l'habitude, en France ou en Espagne, de répondre à gauche ou à l'extrême-gauche : les Espagnols n'ont pas besoin d'un parti d'extrême-droite, la droite locale, le Parti populaire, serait crypto-fasciste ou très à droite si l'on veut rester poli.Ce n'est pas vrai. Pas plus hier qu'aujourd'hui. La droite espagnole est tout ce que vous voulez, conservatrice, clientéliste, catholique, « caciquiste » comme on dit en Espagne, c'est-à-dire entre les mains des grandes familles, mais pas fasciste et depuis longtemps.

Donc la question reste posée : pourquoi pas d'extrême-droite en Espagne ?

Le premier élément de réponse nécessite qu'on regarde au delà de l'Espagne : dans les 3 pays européens qui ont connu des régimes autoritaires et fascisant il y a moins de 50 ans : Espagne, Portugal et Grèce, l'Extrême-droite réalise des scores négligeables.Mais ça ne suffit pas. En Grèce, par exemple, elle n'a pas empêché Aube doré, un parti carrément néo-nazi, d'être la 3e force du pays. De plus, on pourrait argumenter qu'entre la mort de Franco et aujourd'hui, 3 ou 4 générations d'électeurs se sont succédé.En fait, je pense que l'explication est à la fois plus simple et plus radicale. La clé est dans le renouvellement de la classe politique et dans la diversité des programmes électoraux. Je vais vous raconter une anecdote qui illustre ce que je veux dire.En regardant la soirée électorale hier sur la 1ère chaine de télévision espagnole, j'ai été frappé de constater que je ne connaissais aucun des intervenants qui, en plus, étaient tous des femmes. Vous me direz : vous n'aviez qu'à mieux faire votre boulot !Certes... Mais en fait, si je ne connaissais personne, c'est que toutes avaient moins de 40 ans et c'était leur 1er débat. A la différence de la France, où les plateaux sont peuplés de vieux briscards de la politique, en Espagne toutes étrennaient leurs responsabilités.

Des responsables jeunes, plus de femmes... C'est ça la recette ?

Ca et autre chose encore. En appelant mes contacts à Madrid, j'ai constaté leur passion et surtout leur adhésion positive à ce qui était en train de se passer sous leurs yeux. Tous faisaient des calculs improbables et joyeux de coalitions du lendemain.Ils faisaient de la politique ! Comment dire... En France, aux régionales, les électeurs FN ont voté contre ce que Marine le Pen appelle « l'UMPS » ; les socialistes et l'UMP ont voté contre le Front national et tout le monde a voté avec pas mal d'amertume. En Espagne, on a voté pour Podemos, pour Ciudadanos, pour le PS, pour la droite, pour les nationalistes catalans, basques ou galiciens quitte à créer une assemblée introuvable mais l'enthousiasme démocratique était indéniable.C'est ça la vraie recette : le renouvellement des élites et une offre électorale diversifiée qui ne se contente pas de faire de la figuration, comme en France, mais qui, en coalition, peut gouverner un pays de 45M d'habitants. Vive la politique, vive l'Espagne !

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