Par Anthony Bellanger.

La guerre au Yémen se complique chaque jour davantage.

Un nouveau missile de type « scud » a été tiré hier depuis le Yémen et les positions houthies vers l'Arabie saoudite et sa capitale Ryad. Un missile intercepté par l'armée saoudienne, mais c'est tout de même le second missile tiré en 48 heures.  

Rappelons tout de même qu'un missile de ce genre fait un dizaine de mètres de haut, qu'il pèse de 5 à 6 tonnes et nécessite un véhicule de lancement spécialement conçu. Or les houthis sont sensé être des rebelles, des montagnards, des guérilleros mal dégrossis. Or, rien qu'à la description de ces missiles qui peuvent, dans leur version modifiée en Iran, parcourir entre 400 et 600 kilomètres avec une précision de quelques centaines de mètres, on comprend qu'on a atteint un nouveau stade de sophistication dans cette guerre.  

S'il restait encore un doute sur l'intervention plus ou moins directe de l'Iran dans ce conflit qui a déjà fait plus de 10 000 morts et des millions de déplacés, l'utilisation de ces missiles l'a dissipé. C'était le but : sortir définitivement de l'ambiguïté.  

Il n'y a jamais eu la moindre ambiguïté côté saoudien : l'ennemi a toujours été iranien, tant au Yémen, qu'au Liban, qu'en Irak ou en Syrie. Pour l'Iran, c'est moins évident. La détestation et la méfiance est évidemment la même.  

Mais fournir des missiles pour frapper le territoire saoudien, c'est assez nouveau et c'est très clairement une escalade. Une façon de dire au régime saoudien et surtout à son prince héritier, Mohamed Ben Salman, qu'il est temps de se calmer et de réfléchir.  Les missiles de ces derniers jours sont une version très frustre de ceux développés par l'Iran. Et malgré tout, ils ont parcouru des centaines de kilomètres et visaient la capitale saoudienne et son palais royal. Pas besoin de décodeur : le message est limpide !  

Pourquoi cette obsession saoudienne ?  

C'est une question importante ! L'obsession iranienne des Saoudiens est d'abord numérique ou plutôt démographique : l'Iran c'est 80 millions d'habitants, l'Arabie saoudite, 30 millions en tout : 10 millions d'étrangers, 20 millions de Saoudiens.  

Si l'on ajoute en plus que l'Arabie saoudite compte une forte minorité chiite sur son territoire et que cette minorité est pile installée là où se trouve les puits de pétrole saoudiens, on comprend un peu mieux leur inquiétude. Mais ce n'est pas la seule raison. La révolution iranienne a, en 1979, chassé une monarchie pour, en plus, installer une république islamique. Un triple cauchemar pour la monarchie saoudienne : révolution, islam, république, le tout de l'autre côté du détroit.   

Depuis, les Saoud n'ont qu'une idée en tête : contenir l'Iran. Il y était plutôt pas mal parvenu... jusqu'en 2003 et l'invasion de l'Irak par les Américains. Depuis lors, l'Iran n'a cessé de gagner en influence et en puissance : en Irak donc, en Syrie, au Liban, partout.  Si vous ajoutez à cela la fin des sanctions sur le pétrole, vous obtenez à terme un Iran riche, un géant démographique, avec une armée solide, bien entraînée et bien équipée encerclant partout des Saoudiens très riches mais aussi très méprisés, voire détestés.  

On comprend mieux, du coup, leur obsession iranienne, non ?

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