Officiellement pour des raisons techniques, le scrutin a été reporté au dimanche 30 décembre. Mais dans un climat de tension et de violence qui augure mal de cette première alternance en principe démocratique.

Partisan du principal candidat de l’opposition, Martin Fayulu, lors d’incidents avec les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes, mercredi 19 décembre à Kinshasa.
Partisan du principal candidat de l’opposition, Martin Fayulu, lors d’incidents avec les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes, mercredi 19 décembre à Kinshasa. © AFP / John WESSELS / AFP

Une élection qui est reportée à 48 heures de l’échéance, ce n’est pas un bon signe, même si c’est seulement d’une semaine. Surtout dans un pays qui n’a jamais connu une alternance démocratique de son histoire.

La RDC, le plus grand pays francophone, avait une chance de tourner dimanche la page des années Kabila, Laurent-Désiré, le père, pendant quatre ans, et Joseph, le fils, pendant 17 ans. Il avait déjà fallu de nombreux  morts pour que Joseph Kabila respecte la limite des mandats et accepte de se retirer.

Officiellement, c’est un incendie survenu la semaine dernière dans un dépôt abritant des machines à voter toutes neuves, qui est à l’origine du report au 30 décembre. Mais le climat de violence et la mobilisation de l’appareil d’Etat au profit d’Emmanuel Shadary, un ancien ministre de l’Intérieur et successeur désigné de Kabila, et contre le principal opposant Martin Fayulu, faisait redouter le pire.

La RDC est un pays brutalisé depuis près d’un siècle et demi. Il a connu une longue succession de tyrannies : celle du roi des Belges Léopold II au 19ème siècle, qui en avait fait sa propriété personnelle et l’avait réduite à l’esclavage ; celle de Mobutu, le kleptocrate installé au pouvoir par la CIA après l’assassinat du leader de l’indépendance, Patrice Lumumba, et dont le compte en Suisse était l’équivalent de la dette nationale, ou celle des Kabila père et fils.

Le médecin congolais Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 pour son combat contre le viol comme arme de guerre, a fait ce triste constat lors de la cérémonie du Nobel à Oslo : « Je fais partie, a-t-il dit, d’un des pays les plus riches de la planète et pourtant le peuple de mon pays fait partie des plus pauvres du monde ».

La plus grande tragédie du Congo est paradoxalement sa richesse. Le roi Leopold était attiré par le caoutchouc, puis ce fut le cuivre de l’ex-Katanga, et ce sont aujourd’hui les minerais rares indispensables pour les téléphones portables, qui attirent les convoitises.

Il y a en RDC la plus grande force des Nations Unies au monde, la Monusco, qui compte quelque 16 000 hommes. Mais elle a été accusée de passivité et constitue un bien faible garde-fou dans un pays qui a connu une violence inouïe.

Le monde extérieur a sa part de responsabilité dans ce chaos, les Occidentaux qui ont couvert la dictature de Mobutu pendant la guerre froide, les Chinois qui y ont d’importants intérêts, les pays voisins qui y ont exporté leurs guerres.

Le service minimum que le reste du monde pourrait rendre à la RDC  serait de veiller à ce que la nouvelle date du scrutin soit respectée, et le déroulement satisfaisant. Avant que les Congolais n’explosent contre cette nouvelle confiscation de démocratie.

De tous temps, les écrivains se sont penchés sur le sort du Congo-Kinshasa, de Joseph Conrad à V.S. Naipaul, David Van Reybrouck et même John Le Carré. Aucun n’y a trouvé des raisons d’optimisme, mais il n’est pas trop tard pour que la RDC échappe à la fatalité de la violence.

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