Aux yeux du Guide suprême iranien, les Etats-Unis constituent « le principal problème du monde musulman ». « Il faut les affaiblir et écarter ce problème », a déclaré hier Ali Khamenei en expliquant sur cette lancée que contrairement à ce que disent « les ennemis », « les mouvements populaires en Egypte, en Tunisie et ailleurs dans le monde musulman sont islamiques ». C'est ce qu'il dit mais ces affirmations sont aussi mensongères l’une que l’autre. Dans aucun des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient secoués par des mouvements populaires, les manifestants ne se réclament de l’islam. Ce n’est pas la religion qui les fait descendre dans la rue mais la liberté, la démocratie et la justice sociale. C’est pour ces valeurs universelles qu’ils ont donné leur vie par centaines et, parallèlement, loin de s’opposer à leurs revendications, les Etats-Unis les soutiennent depuis les débuts de ce printemps arabe C’est largement grâce à leurs pressions que les armées tunisienne et égyptienne n’ont pas tiré sur leur peuple. Barack Obama n’a pas hésité à personnellement peser en ce sens et son administration continue maintenant à le faire. A la veille d’une tournée dans le Golfe, le plus haut gradé de l’armée américaine, l’amiral Mullen, a ainsi répété qu’il était « absolument essentiel » que ces crises se résolvent de façon « non violente ». C’et le message qu’il va délivrer aux gouvernements en place et la représentante américaine aux Nations-Unie, Susan Rice, a été plus claire encore. « Ce que nous observons dans la région est une aspiration à une meilleure représentation et une soif de réformes politiques et économiques et nous soutenons cela », a-t-elle déclaré avant d’appeler au rejet de la violence, à la « reconnaissance du besoin d’un changement politique durable » et au respect du « droit universel à se rassembler, à manifester, parler et constituer des organisations politiques ». Malgré l’extension des troubles et le point d’interrogation désormais posé sur une région dont les exportations pétrolières sont simplement vitales pour l’économie mondiale, les Etats-Unis ne soutiennent pas l’ordre mais le mouvement car ils ne croient plus en la pérennité du statu-quo. Plutôt que de défendre une cause perdue, ils préfèrent prendre le risque de tabler sur l’avenir en se rangeant aux côtés des réformes et de la liberté. Ils se montrent en cela infiniment plus audacieux et visionnaires que ne le sont l’Europe et la France en particulier. Ils défendent à la fois la liberté et leurs intérêts à long terme et les effets de ce choix sont absolument patents et éminemment positifs. La théocratie iranienne doit tordre le bras à la réalité pour ne pas avouer qu’elle se retrouve dans le même camp et face aux mêmes défis que l’ensemble des dictatures de la région et, partout où les Etats-Unis pèsent, les choses se passent infiniment moins mal que là où ils n’ont pas d’influence directe. Pour l’Egypte et la Tunisie, on l’a vu mais, tandis que la Libye plonge dans un chaos sanglant, la monarchie bahreïnie cherche finalement le dialogue avec l’opposition, le pouvoir yéménite tente jusqu'ici de temporiser et le trône marocain vient de faire face à ses premières manifestations avec une remarquable souplesse.

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