C’est une proposition qui en dit long sur le candidat. A deux semaines de la présidentielle du 4 mars, Vladimir Poutine a fait part, hier, de son désir d’investir 23.000 mille milliards de roubles sur dix ans, 590 milliards d’euros, dans un réarmement de la Russie qu’il qualifie de « sans précédent ».

« Nous devons bâtir une nouvelle armée, moderne et à même d’être mobilisée à tout moment, écrit-il dans le quotidien Rossiskaïa Gazeta, en déplorant que l’armée russe ait été laissée à l’abandon dans les années 90, au moment, dit-il, où « d’autres pays augmentaient constamment leurs capacités militaires ». Avec un lyrisme qui n’est pas sans rappeler le Ronald Reagan de la Guerre des étoiles, l’ancien président, Premier ministre sortant et, à n’en pas douter, futur président décrit donc une Russie « reprenant un statut de leader dans toutes les technologies militaires », le spatial, le cyberespace et les armes de demain qu’il énumère dans un vocabulaire qu’un chroniqueur civil, je l’avoue, ne maitrise pas plus en français qu’en russe mais où il est beaucoup question « d’ondes » et de « géophysique ».

Cet effort, Vladimir Poutine le plaide en avançant deux arguments. Le premier est la nécessité dans laquelle se trouverait la Russie de répondre au déploiement du bouclier antimissile américain en Europe, d’une arme défensive visant, disent les Etats-Unis, à parer toute éventuelle attaque nucléaire venant d’Iran mais dans laquelle le Kremlin a toujours vu une volonté de remettre en question l’équilibre des forces hérité de la Guerre froide. Là rien de neuf, pas d’autre changement qu’une spectaculaire concrétisation des avertissements de la Russie sur le fait qu’elle ne resterait pas passive face à ce défi bien que Washington ait proposé de l’associer à son bouclier mais le second argument de Vladimir Poutine retient, lui, l’attention.

« Le renouveau du complexe militaro-industriel va devenir la locomotive du développement des secteurs les plus divers » de l’industrie russe, écrit-il en développant une vision historique dont la cohérence n’est pas à sous-estimer. A ses yeux, l’idée selon laquelle ce serait les dépenses militaires qui auraient ruiné l’URSS relève d’une « profonde erreur ». « L’URSS est morte, explique-t-il, d’avoir étouffé les forces du marché dans l’économie ». « Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé », poursuit-il, ne pas revenir, autrement dit, au communisme et à son économie dirigée, mais tabler en revanche, sur les investissements militaires comme « moteur de la modernisation ».

Marché libre et investissements publics dans l’armement, libéralisme et militarisation de l’économie, c’est un modèle. Ce n’est certainement pas l’aspiration des classes moyennes russes. Ce n’est pas précisément la voie d’une démocratisation, pas du tout cet ancrage européen de la Russie que plaidait Dmitri Medvedev, le président sortant, mais un modèle de large autarcie fondé sur la vieille idée d’une différence russe, d’une puissance spécifique et autonome pas plus européenne qu’asiatique mais russe, et vivant à l’abri de ses frontières et d’une dissuasion gérée par un pouvoir fort. Il y a là une logique dont l’aboutissement est la création d’une armée de métier, évolution que Vladimir Poutine paraissait amorcer hier.

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