Aux Etats-Unis comme en Europe, elle est la plus appréciée des dirigeants israéliens. La façon dont elle avais mis la nécessité d’un accord de paix avec les Palestiniens au cœur de sa campagne pour les législatives de janvier dernier lui avait également valu le respect de la presse israélienne mais c’est cette même femme, Tzipi Livni, qui aura maintenant été la première chef d’un parti centriste à accepter de rejoindre la nouvelle coalition gouvernementale qu’est en train de former Benjamin Netanyahou.

Elle qui n’avait pas cessé de marteler devant les électeurs que la coexistence de deux Etats, israélien et palestinien, était un besoin sécuritaire, économique et social pour Israël sera maintenant chargée… des négociations avec les Palestiniens par un Premier ministre qui avait tout fait pour ne pas les rouvrir depuis quatre ans, y compris s’opposer ouvertement aux Etats-Unis.

Le paradoxe est tel que les éditorialistes israéliens n’ont plus aujourd’hui que mépris pour « cette femme de principes qui semble avoir vendu ses principes ». Pour la presse, l’ancienne ministre des Affaires étrangères, la dernière des dirigeants israéliens à avoir mené – c’était il y a cinq ans – des pourparlers avec les Palestiniens ne sera que la « feuille de vigne » de Netanyahou, un produit d’exportation destiné à amadouer les alliés occidentaux mais il n’est pourtant pas certain que la cause soit aussi entendue que cela.

Le moins qu’on puisse dire est que le pari de Mme Livni est évidemment risqué mais il s’est produit ces derniers mois trois changements de taille qui pouvaient l’inciter à le faire.

Le premier est que Barack Obama a été réélu en novembre, qu’il est attendu dans un mois en Israël et que, bien que la Maison-Blanche tienne à ne pas laisser naître trop d’attentes, la question d’une reprise des pourparlers israélo-palestiniens sera sur la table. La preuve en est que Benjamin Netanyahou, lui ne le cache pas, que le nouveau secrétaire d’Etat américain, John Kerry, en a très officiellement fait l’une de ses priorités, qu’il se rendra prochainement en Israël pour y préparer la visite présidentielle et que des émissaires israéliens et américains sont désormais engagés dans une navette quasi permanente entre les deux capitales.

Les pressions américaines seront fortes et, deuxième changement de donne, les législatives israéliennes n’ont pas été une victoire pour la droite. Ce sont au contraire les gauches et les centres qui y ont progressé, des forces favorables à un accord de paix et avec lesquelles Benjamin Netanyahou doit composer s’il ne veut pas se retrouver l’otage d’une extrême-droite qui achèverait d’isoler Israël sur la scène internationale.

Et puis, troisième changement, l’idée monte en Israël, jusque dans les milieux les plus conservateurs, que le chaos du monde arabe est désormais tel que c’est peut-être le moment de le mettre au pied du mur avec une proposition de règlement que soutiendraient l’Europe et les Etats-Unis.

Le paysage n’est plus forcément le même et c’est pour cela, en raison de ces trois changements, que Tzipi Livni prend le plus risqué des paris.

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