Eh bien, voilà, c’est fait, la tragédie s’est enclenchée. Cette guerre civile qu’on sentait poindre depuis novembre, qui montait toujours plus dans toujours plus de violences et de sang a connu sa première journée hier car ce sont de vraies scènes de guerre qui ont ensanglanté Kiev en cette épouvantable et si meurtrière journée du 20 février 2014.

Avec le vol de stocks d’armes mardi à Lviv, la capitale de l’Ukraine occidentale, cela s’appelle, oui, l’annonce d’une guerre civile en plein cœur du continent Europe avec quatre grandes forces en présence.

La première est l’opposition, traversée de courants différents, mais unie dans son ambition d’arrimer l’Ukraine à l’Union européenne car l’Union incarne tout ce à quoi les Ukrainiens aspirent dans une majorité croissante, l’Etat de droit et la démocratie, alors que la Russie de Vladimir Poutine comme l’Ukraine d’aujourd’hui incarnent exactement le contraire, l’impéritie, l’arbitraire et la corruption généralisée.

La deuxième force en présence est l’actuel président, Viktor Ianoukovitch, qui avait longtemps représenté l’Ukraine orientale, celle qui est économiquement et culturellement proche de la Russie, mais qui s’était ensuite rapproché de l’Union avant de s’en détourner brusquement en novembre dernier lorsqu’il avait finalement refusé, sous pression russe, de signer l’accord d’association qu’il avait lui-même souhaité. Hier très puissant, cet homme est de plus en plus isolé puisque ses soutiens en Ukraine orientale s’amenuisent, que les grandes fortunes ne veulent plus tabler sur lui et que la Russie elle-même le trouve bien trop incertain pour vraiment le considérer comme un allié sûr.

La troisième des forces ukrainiennes est Vladimir Poutine car son ambition déclarée est de reconstituer l’URSS sous forme d’une union douanière, un projet qui n’aurait pas de sens sans l’Ukraine. C’est pour cela qu’il avait bloqué l’accord d’association avec l’Union par un mélange de chantage et de promesses économiques et la quatrième des forces en présence est l’Union européenne qui, elle, l’est à son corps défendant.

Elle ne voulait rien. Elle ne veut pas intégrer l’Ukraine car elle n’en a pas les moyens financiers et bien trop de problèmes intérieurs pour se lancer dans un nouvel élargissement mais, outre qu’elle n’aurait pas eu de raisons de refuser l’accord d’association qui lui était demandé, elle est devenue le drapeau des insurgés et ne veut pas laisser se développer à ses frontières une guerre civile qui pourrait bien vite la mettre aux prises avec la Fédération de Russie.

C’est pour cela que les chefs des diplomaties française, allemande et polonaise sont à Kiev depuis hier matin pour y amener le pouvoir et l’opposition à un compromis politique, ce à quoi ils seraient peut-être parvenus ensemble. La Russie, de son côté, commence à voir qu’elle n’aurait rien à gagner à mettre la main sur une Ukraine à feu et à sang et voguant vers son éclatement. C’est un compromis entre ces quatre forces qui se cherche aujourd’hui mais il est encore loin d’être certain qu’on y arrive vraiment parce que c’est déjà la guerre en Ukraine et que se jouent là le destin de Vladimir Poutine et la place et le rôle que la Russie voudrait reprendre.

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