Le pire est devant nous, estime le chef de la diplomatie française

On le pressentait car tout y menait. Dès le début de la semaine dernière, on disait ici-même que tout s’aggravait en Syrie et dans tout le Proche-Orient et c’est maintenant le ministre français des Affaires étrangères qui le constatait hier. 

         « Le pire est devant nous », a déclaré Jean-Yves Le Drian devant la représentation nationale. « Tous les éléments sont réunis pour une aggravation de la situation », a-t-il ajouté en énumérant le blocage du processus de recherche d’un compromis politique, la poursuite de la guerre civile à la Ghouta et dans la région d’Idlib, l’incursion des Turcs dans la zone d’Afrin et l’incursion iranienne dans le ciel israélien.

         Alors reprenons. 

Le premier de ces drames est que, fort du soutien de l’Iran, le régime de Damas n’entend rien négocier mais seulement achever d’écraser ce qui reste de l’insurrection démocratique. C’est pour cela que l’armée de Bachar al-Assad a lancé une offensive contre la région d’Idlib, au nord-ouest du pays, dont Russes, Iraniens et Turcs étaient pourtant convenus de faire une zone de désescalade où pourraient s’installer des naufragés de l’insurrection et surtout des déplacés, chassés de chez eux par l’ampleur des combats. 

         Les voilà sous un déluge de feu mais l’horreur qu’ils vivent est pourtant bien moins intolérable que le tapis de bombes sous lequel le boucher de Damas écrase, aux portes mêmes de la capitale, la zone de la Ghouta orientale encore tenue par l’insurrection. Les hôpitaux sont les premiers visés. Des décomptes fiables ont dénombré 250 morts en 48h. Ceux qui ne sont pas tués par les bombes le sont par la faim. Ce régime et ses alliés reproduisent là les crimes dont ils s’étaient rendus coupables à Alep et cette sauvagerie est si atroce qu’on voudrait presque que ses auteurs l’emportent au plus vite, que ces montres gagnent au plus vite, pour que cela cesse mais non, rien ne cessera. 

         Victoire militaire de ce régime ou pas, ce conflit ne connaîtra pas de cesse  avant longtemps puisque personne ne viendra reconstruire ce pays tant qu’il n’y aura pas de compromis politique ; que les Turcs, en deuxième lieu, ne veulent pas d’un Kurdistan syrien autonome à leur frontière et sont donc entrés en Syrie, dans la région d’Afrin, pour en empêcher la formation ; que les Américains et leurs alliés saoudiens et israéliens ne se résignent pas, en troisième lieu, à une complète victoire des Iraniens en Syrie et soutiennent en conséquence l’autonomisme kurde ; qu’une improbable alliance, en quatrième lieu, s’est nouée depuis hier, contre l’incursion turque, entre Bachar al-Assad et les Kurdes et que la nervosité, enfin, monte à Jérusalem face à la présence iranienne aux frontières libanaise et syrienne d’Israël. 

Jean-Yves Le Drian se rendra bientôt à Moscou et Téhéran.

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