Le Président russe doit affronter une baisse brutale de confiance à la suite de mesures impopulaires. Résultat, il a consacré hier son discours à la nation aux questions domestiques, promettant d’améliorer la qualité de la vie.

Vladimir Poutine pendant son discours à la nation, mercredi 20 février 2019 à Moscou, largement consacré aux questions économiques et sociales.
Vladimir Poutine pendant son discours à la nation, mercredi 20 février 2019 à Moscou, largement consacré aux questions économiques et sociales. © AFP / Yekaterina SHTUKINA / SPUTNIK / AFP

Ces dernières années, Vladimir Poutine semblait invulnérable. Sa popularité a été dopée par ses succès internationaux, l’annexion de la Crimée en 2014, ou l’engagement dans la guerre de Syrie. Mais c’est sur le « front » intérieur qu’il est finalement en difficulté, pour la première fois depuis longtemps.

Cette tension était palpable hier, dans le discours à la nation du Président russe : la part des enjeux internationaux a été considérablement réduite par rapport à l’an dernier, au profit des mesures économiques et sociales ; notamment en faveur des familles, encouragées à avoir plus d’enfants. 

L’an dernier, Poutine a été réélu dès le premier tour, avec les trois quarts des voix, et il aurait sans doute gagné même si son principal opposant avait été autorisé à se présenter. Il est au pouvoir depuis l’an 2000, sans discontinuer, à l’exception de sa période d’inversion des rôles avec Dimitri Medvedev.

Or il a perdu plus de la moitié de sa côte de confiance ces derniers mois selon les études d’opinion, et tous les signaux en Russie font état d’un profond mécontentement populaire.

Pas de mystère pour l’origine de ce mécontentement : le gouvernement russe a annoncé l’été dernier, en plein Mondial de foot, le report de l’âge du départ à la retraite, qui n’avait pas bougé depuis 1932 ! Il est passé de 60 à 65 ans pour les hommes, de 55 à 63 ans pour les femmes.

Pas de mystère non plus avec la hausse de la TVA de 18 à 20% au premier janvier qui ne passe pas, surtout quand, pour la cinquième année consécutive, le revenu réel des Russes régresse et que se creusent les inégalités.

Des rentrées financières en hausse, tant par la hausse de la TVA que celle des prix des hydrocarbures, permettent à Poutine d’investir cette année dans les infrastructures, et d’annoncer quelques mesures sociales destinées à redonner de l’espoir. 

Mais même avec la grogne sociale, Vladimir Poutine semble intouchable, tant il a construit son pouvoir, depuis près de vingt ans, sur le redressement de l’autorité de l’État. 

Non seulement à l’intérieur du pays, après la décennie catastrophique qui a suivi la fin de l’URSS ; mais aussi en paraissant redonner son prestige à une Russie à genoux. 

Car ce que l’Occident considère comme de l’aventurisme, en Ukraine ou au Moyen Orient est « vendu », et donc perçu par les Russes, comme le retour d’une Russie respectée sur la scène internationale.

Pour cette raison, Vladimir Poutine a quand même consacré une partie de son discours hier à menacer les États-Unis de déployer de nouveaux missiles près de l’Europe, après la dénonciation par Washington d’un traité sur les forces nucléaires. De quoi montrer qu’il y a toujours un chef à la barre.

Tout ceci montre que même sans gilets jaunes ou élections libres, Poutine doit tenir compte de son opinion. Après tout, les autocrates sont des hommes politiques comme les autres, ils savent lâcher du lest quand c’est nécessaire.

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