Le taux de participation sera le principal facteur à suivre dans les législatives de vendredi en Iran, dans un climat de totale désillusion avec le retour des sanctions américaines et le mensonge entourant l’affaire de l’avion ukrainien abattu le mois dernier.

Affichage sauvage pour les candidats au législatives prévues le 21 février en Iran
Affichage sauvage pour les candidats au législatives prévues le 21 février en Iran © Radio France / Laurent Macchetti

Les élections législatives qui se tiennent vendredi marquent la fin de l’illusion réformiste en Iran, au moins pour une longue période. Depuis près de vingt-cinq ans, une partie de la société iranienne vit -et vote-, dans l’espoir qu’il sera possible de changer le pays à l’intérieur du carcan d’un régime théocratique ; d’évoluer vers moins de contraintes religieuses, plus de libertés individuelles.

A plusieurs reprises, les Iraniens y ont cru, quand ils ont élu le réformiste Mohamed Khatami président en 1997, qui n’a pas pu changer grand-chose ; puis lors de la « révolution verte » de 2009, lorsque le populiste Mahmoud Ahmadinejad avait confisqué les élections et réprimé dans le sang les protestations.

Et une nouvelle fois, enfin, avec l’élection du modéré Hassan Rohani en 2013, qui a permis l’Accord nucléaire de 2015, et l’espoir d’une vie meilleure. On connait la suite, une fois élu, Donald Trump est sorti de l’Accord et a réimposé des sanctions. Le peu d’espoir et de confiance qui restait a disparu avec l’affaire de l’avion ukrainien abattu par l’armée iranienne et le mensonge initial.

Cette histoire complexe, marquée par une succession d’espoirs déçus, a pour effet de démobiliser les électeurs. A quoi bon voter quand rien ne change ? La participation sera le seul indicateur intéressant du scrutin, un faible taux -on évoque environ 25%- serait un désaveu cinglant.

Le problème tient d’abord à la structure du pouvoir en Iran. Contrairement aux apparences, le Président de la République islamique et le Majlis, le Parlement iranien, n’ont pas les pouvoirs qui vont avec ces appellations. Ils ne sont qu’une partie de l’édifice institutionnel placé sous l’autorité du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Ainsi, le général Qassam Soleimani, chef de la force Al Qods, éliminé par une frappe de drone américain le mois dernier, n’obéissait pas au Président, mais au Guide…

Pour ces élections, des centaines de candidats dits réformistes ont été invalidés par les structures du pouvoir, laissant le champs libre à une poussée conservatrice.

Le régime iranien est en mode survie, il est assiégé économiquement et poussé dans ses retranchements par l’administration Trump. La marge de manœuvre des réformistes s’est considérablement réduite.

Ca se ressent aussi dans la répression, impitoyable contre les manifestants dans la rue, mais aussi contre des individus persécutés, comme Niloufar Bayani, une environnementaliste irano-canadienne condamnée à dix ans de réclusion, et atrocement torturée ; ou bien les deux chercheurs français, Fariba Adelkhah et Roland Marchal, détenus arbitrairement depuis plus de trois mois.

Après quarante ans de révolution épuisée, les Iraniens aspirent majoritairement à autre chose, ils l’ont montré à plusieurs reprises ; mais tous leurs espoirs de l’obtenir en respectant les règles du système ont échoué. 

Les élections ne font plus partie, pour le moment, des instruments de changement en Iran.

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