C’est un texte fort et qui fait avancer le débat. « Avec une Europe qui grandit, écrivent, ce matin, dans la Berliner Zeitung et Libération, Pascal Lamy et Günter Verheugen, deux des Commissaires européens, il faut à la fois un corps plus musclé – c’est l’enjeu, disent-ils, de la nouvelle Constitution préparée par la Convention – et un cœur plus puissant – c’est l’enjeu, ajoutent-ils, du nécessaire renouveau de l’alliance franco-allemande ». « Un corps qui grandit », c’est l’Europe élargie, à dix nouveaux pays en 2004 , à deux autres bientôt, la Bulgarie et la Roumanie, aux Etats des Balkans et à la Turquie demain, plus tard, peut-être, à d’autres encore. L’Union s’élargit car c’est son intérêt d’étendre à ses frontières, la paix et la stabilité que procurent les échanges et le développement. C’est son intérêt mais plus elle s’ouvrira, plus elle risquera de se diluer, de devenir un grand corps mou, simple espace économique, dépourvu de tête et de volonté, autant dire incapable de s’affirmer sur la scène internationale. Le danger est là mais faudrait-il, pour le parer, fermer les portes de l’Union alors que tant de pays, toujours plus nombreux à l’avenir, veulent la rejoindre, autrement dit la renforcer ? Ce serait craindre d’être fort, ce serait absurde, mais comment faire pour ne pas s’affaiblir en s’élargissant ? C’est la grande question de demain et c’est tout l’intérêt de ce texte. Il faut à l’Europe élargie, écrivent Pascal Lamy et Günter Verheugen, un « cœur plus puissant », autrement dit un noyau dur d’Etats à même de piloter l’Europe élargie, une avant-garde politiquement intégrée au sein de l’Union, et le cœur de cette avant-garde, disent-ils en substance, les deux pays qui peuvent donner l’impulsion, ce sont l’Allemagne et la France. D’où cette idée qu’ils développent d’« Union franco-allemande », de nos deux pays élaborant ensemble les lignes directrices de leurs budgets et de leur politique fiscale, s’exprimant d’une seule voix dans l’Union européenne et les institutions financières internationales, bâtissant des forces armées communes, fusionnant leurs représentations diplomatiques et se dotant d’institutions politiques qui les unissent. Est-ce une utopie ? Est-ce aller plus vite que la musique ? Beaucoup trop vite ? Le premier mouvement porte à répondre que « oui », que ce n’est là que rêve, mais sur quoi Jacques Chirac et Gerhard Schröder se sont-ils d’ores et déjà entendus ? Sur des Conseils des ministres communs, sur la création, à Paris et Berlin, de secrétariats généraux à la coopération, sur une association des deux Parlements, une harmonisation progressive des législations, le développement de l’enseignement du français en Allemagne et de l’allemand en France. L’utopie, déjà, balbutie. Elle prend corps car, comme Jacques Delors et Jacques Chirac ,la Grande Europe se fera par la « différenciation », tirée par des avant-gardes de pays décidés à aller plus loin plus vite, en attendant que d’autres les rejoignent. C’est ce qui s’est fait pour la monnaie. C’est ce qui se fera pour la politique.

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