Hommage aux Verts. En décidant de créer, à Rome, le 20 février prochain, un parti Vert européen réunissant les mouvements écologistes des 25 pays de l’Union, ils viennent de franchir, hier, le pas que tous les autres courants politiques européens, sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens et libéraux, devraient faire mais n’ont pas encore fait, sauf les communistes, tout récemment. Il faut à l’Europe des partis européens car, pour que les citoyens européens croient à l’Europe, pour qu’ils cessent de la regarder avec autant de sympathie que de distance, il faut qu’ils puissent en faire une démocratie, gouvernée par une majorité qu’ils auront mandatée, par leur vote, à l’issue d’une campagne électorale, d’un débat politique entre partis européens. Avec ou sans Constitution, ce serait dès aujourd’hui possible. S’il le voulait, le Parlement de Strasbourg aurait la possibilité, dès aujourd’hui, d’imposer son candidat, celui de sa majorité, à la tête de la Commission et d’en faire ainsi le Premier ministre de l’Union, copilote de l’Europe avec le Conseil des chefs d’Etat et gouvernements. Il le pourrait, mais pour que cette affirmation de son pouvoir soit politiquement légitime, il faudrait qu’il procède réellement d’une volonté de l’électorat européen, qu’une majorité des citoyens de l’Union ait clairement opté, au-delà des frontières, pour la gauche, la droite, les Verts ou une alliance de partis, pour une majorité européenne. Or cela, les citoyens de l’Union ne peuvent toujours pas le faire car en Europe, les partis demeurent nationaux, ne présentent pas de programmes pour l’Europe mais seulement pour leurs pays et ne se servent pas des élections européennes pour prendre les manettes de Bruxelles mais pour faire bonne figure sur les échiquiers nationaux. Pourquoi ? Pourquoi tant de timidité si néfaste à l’Europe ? Ce n’est pas par cécité. Ce n’est pas par ignorance du pouvoir que le Parlement de Strasbourg pourrait prendre mais parce qu’au sein même des grands courants européens, les différences entre partis nationaux sont immenses. La démocratie chrétienne néerlandaise n’est pas l’italienne. Les libéraux britanniques n’ont rien à voir avec Alain Madelin et les socialistes français sont à bien des égards plus proches de Jacques Chirac que de Tony Blair qui l’est plus, lui-même, de José Maria Aznar que de Gerhard Schröder. Au niveau européen comme aux niveaux nationaux, le tracé des frontières politiques ne correspond plus aux réalités mais il y a une telle crainte de le reconnaître, qu’on se garde d’aller à l’épreuve de vérité, à la redistribution des cartes, pourtant indispensable, par la création de partis européens. Les Verts, eux, ont eu ce courage. Ils vont affronter leurs différences, tenter une synthèse continentale et vont s’affirmer, bien au-delà de probables déchirements, comme le premier grand parti à prendre l’Europe au sérieux, à faire ce qu’il faut commencer à faire pour qu’elle commence d’exister vraiment.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.