C’est une élection sous tension, aux répercussions internationales potentiellement très grandes. Au premier tour de leur présidentielle, les Serbes n’avaient pas seulement à départager, hier, des candidats. Ils avaient surtout à choisir entre deux ancrages, à l’Union européenne ou à la Fédération de Russie, entre deux réactions à l’imminente déclaration d’indépendance d’une de leurs provinces, le Kosovo, berceau historique de leur pays. Les partisans d’une rupture avec l’Europe, avec une Union coupable à leurs yeux d’avoir soutenu les Kosovars et de s’apprêter à reconnaître leur indépendance, ont pris plus de quatre points d’avance. C’est beaucoup, mais le suspens reste entier. Les reports de voix peuvent encore donner la victoire, le 3 février, au second tour, à ceux qui préféreraient, malgré tout, s’inscrire dans l’Union mais les Balkans replongent dans l’incertitude, théâtre d’une lutte d’influence entre Bruxelles et Moscou, d’un pâle mais dangereux remake de la Guerre froide. L’expression est forte, sans doute exagérée, mais elle s’emploie car l’enjeu est bel et bien là. Il y a bien là, face à face, la Russie qui, au nom d’une solidarité orthodoxe et de ses intérêts nationaux, bien sûr, prend fait et cause pour le maintien des frontières internationales de la Serbie tandis que l’Europe défend les Kosovars, les 90% d’Albanais du Kosovo qui ne veulent plus d’aucun lien d’aucune sorte, même le plus ténu, même symbolique, avec la Serbie. Si les nationalistes serbes l’emportent dans quinze jours, ce ne sera pas la guerre. Les Balkans en sortent à peine. Ils en sont heureusement fatigués mais, entre la Roumanie et la Bulgarie d’un côté, nouveaux membres de l’Union, et la Croatie de l’autre, futur membre, il y aura une enclave, une tête de pont extérieure dans laquelle la Russie investit dès aujourd’hui à tour de bras, tâchant de mettre la main sur les grandes industries et les infrastructures, énergie et compagnie aérienne notamment. C’est une situation malsaine, d’autant plus préoccupante que, même si les pro-européens finissaient par gagner, le 3 février, l’Union européenne, en reconnaissant l’indépendance du Kosovo, créera un ressentiment serbe, un parti russe ou panslave en Serbie, et un précédant international, en plus, aux conséquences inquiétantes. Dès lors que les Albanais du Kosovo auront pu faire sécession au nom du droit à l’autodétermination, la tentation de suivre cet exemple sera grande pour beaucoup de minorités nationales dans beaucoup de pays. Petites ou grandes, les puissances pourront souffler sur ces braises au gré de leurs rivalités. Très vite, les Serbes de Bosnie, ou les Albanais de Macédoine, pourront vouloir, eux aussi, choisir leur destin. L’Union européenne n’a pas osé dire au Kosovo qu’elle ne le soutiendrait pas, qu’elle ne reconnaîtrait pas son indépendance. Elle a craint un conflit à ses frontières qu’elle aurait eu à gérer mais, à fuir un problème, à choisir la facilité, elle avance en terrain mouvant et donne des armes à la Russie renaissante.

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